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l'aventure des écritures

L'écran, la page aujourd'hui

par Lucile Trunel
Le règne de l'image dans notre environnement culturel a mis le livre en concurrence avec d'autres outils de communication dont on voit l'influence se refléter sur la page : les graphistes, ouverts à tous les médias, font entrer dans la séquentialité des pages du codex aussi bien le langage du cinéma que celui de la publicité, de la bande dessinée ou de l'affiche.
 
Que devient la page dans l'édition numérique ? Ses bases, fondées sur un format précis, sur un recto-verso lié au précédent et au suivant, sont sérieusement ébranlées. La "page-écran" d'aujourd'hui, extensible en hauteur comme en largeur, n'est plus contrainte à un format, sauf si on désire l'imprimer. Elle est à la fois rotulus (rouleau vertical), volumen (rouleau antique horizontal) et codex, avec en plus cette grande différence qu'il suffit de cliquer sur une flèche pour voir le texte défiler dans un sens ou dans un autre. Le contenu est multiple, comme éclaté en une infinité de morceaux que l'on peut appeler, lier, séquencer, juxtaposer, aidé par toute une série de signaux qui apparaissent et disparaissent. Le texte devient immatériel ; il n'est plus lié à son support dans lequel il s'inscrit sous la forme d'un code, désormais invisible, enfoui dans la mémoire de l'ordinateur. L'écran est le lieu de rencontre du lecteur ou de l'auteur avec son texte constamment mobile. Le lecteur, habitué à la bidimensionnalité de la page du livre, se trouve, avec l'hypertexte, devant la possibilité de pénétrer dans une troisième dimension transversale, en volume. Il est entièrement maître de ses chemins de lecture et peut intervenir de multiples façons, à commencer par la reconfiguration de la "page en ligne". Mais peut-on encore parler de page ?
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