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l'aventure des écritures

L'écriture et le sens caché

Runar, en vieil islandais, signifie "secret", runa, en vieux saxon, "chuchotement". Écrire, c'est la possibilité de dire sans être entendu, d'enfouir, c'est cacher un message. Toute écriture a deux faces : une énigmatique déployée dans le visible, une lisible tournée vers ceux qui "savent".
 
Il arrive que le code qui régit une écriture soit modifié et rende la lecture difficile, voire impossible. Parfois, le message s'adresse seulement aux dieux. Ou bien il est réservé aux initiés dont il renforce la connivence. Ou bien il s'agit d'un jeu, d'une pédagogie du mystère visant à éveiller l'intelligence. Alors, l'écriture, si elle s'appuie sur un système d'idéogrammes, altère ses graphies jusqu'à les rendre méconnaissables.
 
Dans un système alphabétique, ce "surcodage" opère en jouant avec l'ordre des lettres. Il se peut aussi que le texte, potentiellement lisible, soit délibérément rendu presque invisible : l'écriture micrographique enfouit le texte, donne à voir au-delà des mots.
 
Il arrive parfois que de l'évanouissement du texte ne surgisse plus que la visibilité de la lettre, investie d'une puissance sacrée, enserrant tous les mystères du monde. Altération graphique, ordre inapparent des lettres, rétrécissement du texte, l'écriture aime à se cacher.