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l'aventure des écritures

L'écriture précipite la langue

par Pascal Quignard

Une même écriture peut noter des langues très différentes et, si le nom d'une langue peut désigner également le nom du système d'écriture qui sert à la noter, il ne faut pas assimiler systématiquement langue et écriture.
Beaucoup de langues ont emprunté, en les adaptant, des systèmes d'écriture déjà existants : ainsi les Japonais, pour noter leur langue, ont adapté l'écriture chinoise.
 
L'alphabet arabe sert à écrire la langue arabe, mais aussi le persan, l'ourdou, le malais. Des langues qui ont déjà un alphabet peuvent être transcrites dans un autre : les caractères hébraïques ont ainsi parfois servi à noter l'arabe, le berbère, l'espagnol, l'italien, l'allemand.
 
 
Le destin des langues turques illustre bien le caractère aléatoire de la relation qui unit écritures et langues. Au fil de leurs migrations sur la carte, les Turcs adoptèrent successivement : une écriture runiforme, dans l'Altaï au VIIIe siècle ; l'alphabet arabe, à l'ouest, à partir des IXe-Xe siècles avec l'islamisation ; l'alphabet sogdien, à l'est, chez les Turcs ouïgours ; en Asie centrale, les caractères cyrilliques. Depuis 1928, les Turcs de Turquie ont adopté en l'aménageant l'alphabet latin.
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