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l'aventure des écritures

Écriture et sacré

Le point esquisse la descente de l'Être absolu.
Rajab Borsi

Magie des écritures idéographiques

Les Égyptiens de l'époque pharaonique croyaient à la capacité du signe de contenir la présence de ce qu'il désignait. Il n'était pas rare qu'ils en viennent à mutiler sur les parois des tombes le hiéroglyphe de la vipère ou du vautour car ils craignaient que, se réveillant, il ne se mette à attaquer l'âme du défunt.

Leur vision magique du signe d'écriture amenait aussi les Mésopotamiens à écrire en chiffres les noms de leurs dieux ou de leurs princes, et les Chinois à interdire l'inscription du nom de l'empereur régnant.
Pour les Mésopotamiens, l'écriture devenue au fil des siècles de plus en plus hermétique était un moyen d'exprimer les mystères du monde. Et c'est avec un absolu dédain que leurs scribes assistèrent à l'essor de l'alphabet araméen.
Pour les Chinois, l'écriture demeure une voie d'union aux énergies profondes de l'univers.

Alphabets incandescents

Les traditions idéographiques n'ont pas le monopole d'une conception sacrée de l'écriture. Au sein des écritures alphabétiques, la tradition hébraïque comme la tradition islamique ont développé une ardente mystique des lettres. L'écriture y est un don divin dont le modèle original s'est perdu et les lettres participent à la création du monde.
 

L'écriture du nom divin

Au bord du nom divin, l'écriture s'arrête, frappée d'un double interdit : celui, dans la tradition islamique, de figurer l'infigurable, de représenter un dieu dont le visage doit rester caché ; celui, dans la tradition juive, de nommer un dieu ineffable dont les quatre consonnes du tétragramme ne livrent que le corps silencieux.
Le Coran tout entier est scandé par la répétition des 99 noms divins inlassablement répétés, mis en rime en fin de verset, accentués en clausule de sourate, récités et médités par l'égrenage des 99 grains du chapelet.

De la même manière, le texte biblique est ponctué d'une multiplicité de noms divins : Élohim, Adonaï, Élyon... tous attestant l'impossibilité d'embrasser les infinis aspects de Dieu. De leur multiplicité se détache le nom suprême. Dans la tradition islamique, il est interprété comme étant l'un des noms révélés, sans que l'on sache duquel il s'agit.
Dans la tradition hébraïque, le nom suprême révélé à Moïse au buisson ardent, le tétragramme de YHWH, devient peu à peu imprononçable. Aux quatre consonnes muettes on substitue à la lecture les voyelles du nom Élohim ou Adonaï dont l'indication est généralement délivrée dans la marge.
Ainsi, dans la tradition juive comme dans la tradition arabe, le nom divin est-il à la fois écrit et caché.
 
Dans la tradition indienne, et notamment dans les rites tantriques, l'alphabet sanscrit symbolise l'univers et l'énumération de ses lettres figure l'émanation du monde.
 
Qu'on lui attribue ou non une origine divine ou mystique, l'écriture reste source d'éblouissement. Par les liens symboliques qu'elle établit avec l'Absent ou l'Inconnu, par le mystère de ses tracés parfois imprévisibles, elle ouvre à l'homme de nouveaux champs de savoir, à rêver peut-être...
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