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l'aventure des écritures

Les règles d'or du déchiffrement

par Françoise Briquel Chatonnet

Arriver à déchiffrer une écriture inconnue et percer le secret des textes qu'elle transcrit suppose que soient réunies certaines conditions :
 
- L'existence de textes bilingues peut être d'un intérêt primordial, comme ce fut le cas pour les déchiffrements de l'abbé Barthélemy ou de Champollion, mais ce n'est pas une condition nécessaire ;
 
- Il est essentiel de disposer d'un corpus suffisant, et assez varié, dans lequel soient attestés assez de signes pour que l'on puisse apprécier leur nombre global. Celui-ci permet déjà de poser une hypothèse sur le système d'écriture : un alphabet ne dépasse pas quarante signes, un syllabaire une centaine, alors que les systèmes idéographiques peuvent en comporter plusieurs milliers ;
 
- Il est important de connaître une langue proche de la langue que transcrit l'écriture inconnue ou apparentée à celle-ci, ce qui permet de reconnaître certaines structures. L'étape décisive du déchiffrement, au moins pour les écritures phonétiques, est sans doute celle où quelqu'un pose une hypothèse juste sur la langue notée, comme M. Ventris supposant que le linéaire B transcrivait du grec, ou Bauer, Virolleaud et Dhorme émettant l'hypothèse que l'ougaritique est apparenté à l'hébreu. C'est parce que l'étrusque ne se rattache à aucune famille de langue connue que l'on ne peut pas le comprendre, alors même que les caractères, intermédiaires entre le grec et le latin, ne posent pas de problème de lecture ;
 
- Enfin, il est essentiel de ne pas s'attacher à la forme des lettres, car tous les systèmes partent plus ou moins des mêmes signes de base (cercles, traits, etc.), mais de repérer des structures, des séquences qui reviennent dans des positions analogues et dont on peut, en fonction de la langue, proposer une interprétation. Cette méthode est celle du décryptage des textes codés dont Ventris, le déchiffreur du linéaire B, était un spécialiste.
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