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l'aventure des écritures

Naissance de l'écriture nahuatl

par Marc Thouvenot
 
À différentes époques de leur histoire, les Aztèques ont été au contact direct de civilisations voisines possédant une écriture, et c'est d'elles qu'ils ont appris leur système de communication graphique. Ainsi ont-ils pu bénéficier des connaissances des Toltèques. Selon le Codex de Florence, une des sources essentielles sur le Mexique ancien, les Toltèques étaient de grands savants qui avaient initié la tradition des comptes des années et des destinées, et toutes leurs découvertes formaient le Livre des rêves.
 
Mais si l'on en croit les récits nahuatls du Codex de Florence, les Aztèques seraient arrivés déjà en possession de l'écriture. En effet, ceux qui guidaient les Aztèques, ceux qui portaient les dieux dans leurs dos, étaient nommés amoxoaque, c'est-à-dire "les possesseurs de livres" et "ils portaient l'encre noire, les couleurs, les livres, les écrits, ils portaient le savoir ".
 

Disparition brutale

L'écriture nahuatl des Aztèques n'a guère duré plus de trois siècles : héritière d'une tradition brillante, elle a subi avec la conquête espagnole une disparition brutale.
Par un étrange paradoxe de son destin, ses destructeurs ont, en même temps, contribué à sa survie en suscitant pour des besoins divers - politiques, juridiques ou religieux - la rédaction de corpus en écriture nahuatl.

La seule source connue qui propose une date pour l'introduction de l'écriture en terre nahuatl est le Codex Xolotl. Sur la planche IV de ce document, on trouve la première mention d'un écrivain, nommé Coatlitepan, en l'année 4 Acatl, soit en 1275. L'écriture nahuatl représente sans doute la synthèse d'apports divers originaires tout à la fois des hauts plateaux mexicains et de la zone mixtèque, avec peut-être des influences plus lointaines.
 
C'est à l'aide de cette écriture que les populations nahuas consignaient les informations qu'elles désiraient voir échapper à l'oubli. Les grands thèmes abordés, après la Conquête, sont l'économie, avec des registres d'impôts ou des relevés cadastraux (Codex Mendoza ou de Tepetlaoztoc) ; la politique ou l'histoire, comme dans le Codex Xolotl qui traite de trois siècles de l'histoire de la cité de Texcoco, voisine de Mexico ; la religion avec, en particulier, les livres des sorts ou tonalamatl, qui étaient utilisés par les prêtres pour leurs prédictions (Codex Borbonicus ou Borgia).
 
On a tout lieu de penser que telles étaient aussi les informations - couchées sur le papier, le parchemin ou le tissu - avant l'arrivée des Européens. Mais pour l'époque préhispanique il faut sans doute ajouter des livres aux contenus juridiques, poétiques et scientifiques.
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