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l'aventure des écritures

Aux origines de la signature : la souscription carolingienne

par Béatrice Fraenkel
Regardons de près la souscription d'Adalfus, chancelier de Louis Le Pieux. On trouve à l'initiale un signe d'invocation, le chrismon, symbole de Jésus-Christ. Le chancelier, en traçant ce signe, se place sous la protection de Dieu. Puis vient une longue inscription comportant le nom du chancelier qui a souscrit, Adalfus (le nom de Fridugisus, un autre chancelier, est également mentionné).
 
La phrase se termine par la formule : subscripsi, "j'ai souscrit". Le chancelier a transformé la fin du mot en un dessin remarquable, un paraphe fait de traits et d'entrelacs que les diplomatistes ont désigné du terme suggestif de "ruche".
 
Les ruches remplissent une fonction cryptique. Chaque chancelier a la sienne, elle permet de vérifier l'authenticité du document. Pour tenir ce rôle, la ruche intègre à l'intérieur de son dessin des signes d'écriture assez étranges. Il s'agit de notes tironiennes, écriture secrète, connue de certains scribes, dont l'usage disparaît au XIsiècle. La légende veut que ce soit Tiron, esclave de Cicéron, qui ait introduit les notes dans Rome afin de pouvoir noter les discours aussi vite qu'ils étaient proférés.
 
Jusqu'au XIXe siècle, elles seront considérées comme des énigmes. Le système est d'une grande complexité car chaque mot ou nom est représenté par un seul caractère. De plus, chaque scripteur développe ses propres variantes. Un recensement effectué en 1817 dénombrait 13 000 notes ! Le déchiffrement demeure difficile et les transcriptions proposées par les paléographes sont prudentes.
 
Que recèlent ces notes ? Si nous reprenons l'exemple de la ruche d'Adalfus, nous constatons que les notes donnent des informations que nous connaissons déjà car elles apparaissent dans le texte de l'acte: le fait qu'Adalfus a souscrit et "reconnu" l'acte, qu'un certain Hilduinus l'a transmis, et enfin l'année du règne de Louis Le Pieux où l'acte a été établi.
 
Les informations contenues dans les ruches, cryptées en notes tironiennes, ne sont donc pas mystérieuses comme le supposaient les érudits du XVle siècle. Elles reprennent en partie des données présentes dans la teneur et dans la souscription. La vérification à laquelle se prête éventuellement un expert pour détecter un faux consiste à s'assurer tout d'abord de la forme d'une ruche, qui doit être conforme aux autres ruches utilisées par le chancelier, et surtout, il doit recouper les informations cryptées par les notes tironiennes avec celles, explicites, contenues dans l'acte. C'est ainsi que certains faussaires, imitant sans les comprendre les notes tironiennes, ont pu être démasqués.
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