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l'aventure des écritures

La signature, moteur de l'évolution du nom de famille en Occident

par Béatrice Fraenkel
Jusqu'au XVIe siècle où la loi instaure le règne du patronyme héréditaire, personne n'était tenu de posséder un nom de famille puisque le système onomastique officiel était celui du nom unique, caractéristique du régime chrétien. Les noms de famille n'apparaissent en France qu'à partir du XIIIe siècle, et le principe de la transmission héréditaire du patronyme ne se stabilise qu'à la Révolution française. La croix que l'on trouve accolée aux noms des lettrés dans leurs souscriptions, ou bien tracée seule par les illettrés, jouait, symboliquement, le rôle d'un nom collectif : chacun n'était-il pas l'enfant de Dieu ?
 
Après l'effondrement de l'Empire romain, le régime du nom unique s'impose en Gaule, se substituant au système latin. Celui-ci proposait deux types de nom propre, selon que l'on appartenait à l'aristocratie ou à la plèbe. Dans le premier cas, trois éléments composaient le nom propre: le prénom, le gentilice (nom de la gens ou groupe de familles) et le surnom, désignant souvent une famille. Les noms propres des plébéiens étaient composés comme actuellement d'un prénom individuel associé à un nom de famille. C'est ce système à deux registres que bouleversent la christianisation et les grandes invasions. Désormais, chacun portera un seul nom, ainsi que le voulaient les coutumes barbares, parfaitement accordées sur ce point à l'importance que les chrétiens donnent au nom de baptême.
 
La dénomination unique profite à l'onomastique germanique qui permet de créer, à partir d'un nom déjà existant, un grand nombre de noms dérivés. Ainsi, non seulement l'onomastique change de système, mais encore elle renouvelle complètement son stock de noms en le germanisant.
 
À la fin de l'époque carolingienne, les prémices d'un changement apparaissent. Bien avant même que l'on puisse parler de nom de famille, on décèle, dès la fin du Xe siècle, les signes avant-coureurs d'une profonde refonte du système des signes de l'identité. Le nom unique se transforme peu à peu en nom double, formule qui s'étend et finit par prévaloir.
 
Le système onomastique traversait une crise qui tenait en échec l'une de ses fonctions principales, permettre d'identifier l'individu. Il n'est pas aisé d'établir les causes de cette crise et plusieurs facteurs se sont certainement combinés: facteur démographique (on sait qu'au XIe siècle l'Europe connaît une forte croissance démographique) ; facteur linguistique : le stock de noms propres diminue; facteur culturel enfin, celui de nouveaux besoins d'identification. Le rôle joué par l'écrit juridique sur ce dernier plan doit être mentionné car le mode de désignation de l'individu, qu'il soit l'auteur ou le témoin d'un acte, doit être fiable. L'écrit crée une demande d'individuation et les solutions ponctuelles adoptées pour désigner l'individu, mal défini par son nom de baptême, seront peu à peu pérennisées.
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