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l'aventure des écritures

L'ère industrielle

par Danièle Memet

L'essor de l'industrie anglaise génère une forte demande de typographie publicitaire. Elle nécessite des caractères supportant de fortes graisses et une étroitisation importante. Ces caractères dits "antiques", car ils sont inspirés des alphabets grecs, sont sans empattement * : l'un des plus marquants sera l'Akzidenz (1898), ancêtre proche du caractère Helvética.
 
Les fonderies allemandes sont très prospères. La composition manuelle du typographe est remplacée, aux États-Unis puis en Europe, par la machine à composer les lignes-blocs, dite Lynotype (Mergenthaler, 1886) et par celle à composer les caractères mobiles, la Monotype de Lanston, quelques années plus tard.
 
Les grandes maisons d'édition s'épanouissent au XIXe siècle : Hachette en France, Bertelsmann en Allemagne, Muray en Angleterre... Malgré des rapports tumultueux avec les différents régimes politiques, la presse prend également un essor considérable. En 1811, sous l'Empire en France, quatre journaux vont continuer à paraître : Le Moniteur, Le Journal de Paris, Le Journal de l'Empire (ex-Journal des débats exilé en Belgique avec Bertin l'Aîné) et La Gazette de France. Mais la création typographique va malheureusement souffrir de ces dispositions.
 
En revanche, sous le second Empire, le tirage des quotidiens parisiens passe de 150 000 exemplaires en 1852 à 1 million en 1870. Après la suppression des "taxes gouvernementales sur le savoir", l'Angleterre voit naître de nouveaux journaux: le Daily Telegraph en 1855, le Standard en 1857... La demande de caractères est donc considérable, d'où la reprise de caractères anciens, plus ou moins bien redessinés, les Revivals.
 
Ce phénomène, parti d'Angleterre, connaît un point culminant dans les années 1840. Il englobe les lettres dites " égyptiennes ", à empattements rectangulaires épais, des caractères romantiques, inspirés du Moyen Âge, et une floraison de caractères fantaisie aux formes décoratives, ombrées, encadrées, etc.
 
Le journalisme américain, en pleine expansion, ainsi que la publicité naissante reprennent ce type de fontes dont ils sont très friands.
 
Morris Fuller Benton (1872-1948), l'un des dessinateurs de caractères les plus prolifiques, s'adapte parfaitement à son époque. Pour le magazine Century, il crée un caractère étroitisé et lisible; puis, en 1890, le Cheltenham, peu élégant mais solide. Ce caractère, immédiatement très populaire, marquera la typographie américaine.
 
En France, les écrivains ont une grande implication dans les journaux : Vallès dans Le Cri du peuple, Sainte-Beuve dans Le Globe, Hugo dans La Lanterne, mais celui qui sera le plus proche des imprimeurs est Balzac. Non seulement il écrit dans La Revue parisienne, mais il crée la fonderie typographique avec Laurent et Barbin, avec d'ailleurs plus ou moins de bonheur dans ses choix. Mallarmé, en 1897, aura plus d'intuition dans Un coup de dés jamais n'abolit le hasard, publié dans la revue Cosmopolis et remanié pour l'édition de la NRF en 1914 ; il préfigure déjà les démarches créatives du XXe siècle.
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