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l'aventure des écritures

Les révolutions typographiques du XXe siècle : 1946-2000

par Danièle Memet
En France, la reconstruction s'organise après la Seconde Guerre mondiale autour d'un principe américain de composition des textes, fondé sur la photo.
 
Adrian Frutiger (né en 1928), un Suisse formé à Zurich, est appelé par Charles Peignot en 1952 pour adapter les caractères destinés à la photocomposition (Photon-lumitype). En 1957, il finalise le caractère Univers, premier caractère à posséder autant de variantes pour son époque. Créateur très prolifique, Frutiger est également un remarquable formateur. Le créateur français Albert Boton, après avoir travaillé avec lui, rejoint l'équipe du Suisse Albert Hollenstein (1934-1974) qui, avec son bureau de création parisien, lance une société de photocomposition.
 
Ces équipes sauront faire la synthèse entre les influences anglaises et américaines des années 1960 tout en apportant à la France une "rigueur d'outre-Rhin". Gérard Blanchard (1927-1998), formé à cette école et à celle de Maximilien Vox, plus française, saura en exprimer la richesse dans ses recherches sur la typographie à travers, notamment, les Rencontres de Lure en Provence.
 
En Italie, Aldo Novarese (1920-1995) assure pendant près de quarante ans la direction artistique de la fonderie Nebiolo. Il dessine plus d'une centaine de caractères dont la Nova Augusta, une capitale romaine.
 
Aux États-Unis, l'invention des lettres-transferts apporte un nouveau souffle à la création des caractères de titrage. Le Push Pin Studio, créé en 1954 entre autres par Milton Glaser et Seymour Chwast, sera pendant vingt ans un creuset graphique et typographique, miroir des idées et des mouvements des Sixties.
Herb Lubalin (1918-1981), Aaron Burns et Eduard Rondthaler fondent ITC (International Typeface Corporation), et la revue U&lc (Upper et lower case) sert de support à la diffusion de leurs caractères. Elle est le reflet du dynamisme de la création américaine des années 1970.
 
Au nord de l'Europe, des démarches plus traditionnelles permettent des créations comme le Berling (1951), dessiné par le Suédois Karl Erik Forsberg.
 
En Allemagne, à Munich, Otl Aicher développe des signalétiques (pour l'aéroport de Munich) et des typographies minimalistes dont le Rotis, premier caractère à avoir la même structure avec empattement et sans empattement.
 
Hermann Zapf dès 1948 crée le Palatino et en 1958 l'Optima, puis de nombreuses polices dont les symboles Zapf utilisés en informatique. Cet esprit rigoureux est repris en France dans la signalétique institutionnelle par des graphistes comme Jean Widmer.
 
L'école hollandaise fournit de nombreux spécialistes de typographie de signalétique. Le caractère The Mix reprend le principe de caractère avec empattement, sans empattement et intermédiaire. Ce principe représente bien les recherches typographiques poursuivies en France dans les années 1990 pour le caractère Le Monde.
 
Ces années voient la disparition du métier de photocomposeur, après celle de fondeur dans les années 1970.
 
Matthew Carter, dessinateur entre autres du caractère Galliard, va même jusqu'à déclarer que, avec les logiciels actuels, "le temps passé à concevoir et à réaliser un caractère est passé d'un an à un jour". Cette remarque un peu excessive explique néanmoins l'exubérance de l'art typographique à la fin du XXe siècle.

Pierre di Sciullo aborde la lecture et l'écriture par des voies expérimentales
Rudy Vanderlans et Suzanna Licko créent la revue de caractères d'avant-garde Émigre. L'Allemand Erik Spiekermann (1947-), l'un des fondateurs du bureau de création Meta Design, fonde également la société Fontshop distributeur et éditeur de caractères avec la série expérimentale Fuse conçue et développée par l'Anglais Neville Brody (1957-). Pierre di Sciullo aborde la lecture et l'écriture par des voies expérimentales...
 
L'utilisation des logiciels de traitement de texte et la profusion de caractères qu'ils offrent sont en train de changer la vision que le grand public peut avoir de la typographie.
 
L'Internet facilite, auprès des professionnels, la diffusion et la commercialisation des caractères des fondeurs, grands et petits, et crée parfois une relation directe entre créateurs et utilisateurs.
 
Le développement de la typographie sur écran informatique a fortement influencé l'écran de télévision et, par voie de conséquence, la presse et les génériques de cinéma. Les critères de lisibilité ont évolué dans le temps et dans l'espace. Cependant, l'héritage de la tradition de chaque civilisation est essentiel. Le "métissage typographique" est appelé à se développer, mais la recherche de l'adéquation du texte et de l'image, du fond et de la forme reste intemporelle.
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