fermer
l'aventure des écritures

Matières précieuses

par Danièle Thibault
Les matières précieuses subliment l'écrit, mais elles peuvent aussi l'éclipser de leur splendeur, puisque c'est l'ensemble qui constitue un objet remarquable. On en use le plus souvent pour célébrer les dieux et les princes. Si les anciens souverains ont fait graver leurs lois dans la pierre, leurs sujets leur ont rendu hommage, ou ont tenté de gagner leurs faveurs, en leur offrant des livres précieux, tel ce livre de jade chinois, écrin précieux renfermant un texte dont le sens s'efface derrière le prestige de l'objet et le symbole de la matière.

Dans les monastères bouddhistes, lorsqu'un jeune garçon entre dans la communauté, il est d'usage que ses parents offrent un Kammavâcâ (recueil de textes réglant la vie monastique) soigneusement calligraphié sur un matériau d'exception : ivoire, métal, mais aussi tissu de rebut venant de la robe d'un moine réputé.

En Chine, la soie a été le support de l'écrit avant le papier, à peu près en même temps que les lattes de bambou, qui étaient, elles, d'usage courant. Matière coûteuse, la soie était réservée à l'élite impériale ; à partir du IVe siècle, avec l'emploi généralisé du papier, elle resta le matériau des livres de luxe.
 
En Occident, il arrive qu'on utilise aussi la soie, mais de façon plus anecdotique : ce foulard de 1877 imprimé sur soie illustre l'alliance d'Adolphe Thiers et de Léon Gambetta dans la campagne électorale des républicains contre le président Mac Mahon.
 

Pour la gloire

La noblesse des matériaux utilisés dans la fabrication de cette reliure prestigieuse contribuait sans doute à magnifier le caractère sacré du texte biblique. Elle est constituée de deux plaques d'or fixées sur des ais. Sur la plus ancienne d'entre elles (XIIIe siècle) sont fixés un crucifix filigrané et trois statuettes en ronde-bosse réalisées à l'aide de plusieurs feuilles d'or coulé, puis ciselé et poli. Saphirs, rubis, émeraudes, spinelles et perles rehaussent l'ensemble. Sur le sond plat, saint Jean l'Évangéliste écrit, entouré des symboles des quatre évangélistes. Au-dessus de sa tête une inscription indique que Charles V a offert cette reliure à la Sainte-Chapelle de Paris en 1379. L'émail noir des lettres et du fond a été obtenu à partir d'un mélange d'argent, de plomb et de soufre réduit en poudre, liquéfié au four, puis poli une fois refroidi.

Les reliures médiévales

Au Moyen Âge, les reliures des livres d'église sont à l'image des autres objets du culte. Leur décoration de pierres précieuses, d'ivoire ou d'orfèvrerie, confère aux évangéliaires une inestimable valeur servant la gloire du texte sacré. Les reliures des livres de bibliothèque sont loin d'être aussi riches : leurs ais sont simplement recouverts d'un cuir rude (truie, cerf, mouton, bœuf...) parfois décoré selon la technique de la ciselure ou de l'estampage. L'étoffe est utilisée pour les livres les plus précieux, religieux ou profanes : velours orné de broderies, ou soie brodée d'or et d'argent.
sommaire
haut de page