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l'aventure des écritures

Découvrir les valeurs du blanc dans trois traditions orientale, occidentale et asiatique.

Parcours pédagogique
La fonction graphique du blanc varie selon les cultures, les systèmes d’écriture et plus particulièrement selon le rapport que chaque société entretient avec l’image et la représentation symbolique.

La marge comme redéploiement visuel du texte

Les premiers documents sont des manuscrits la glose tient une place particulière. Ils s'inscrivent dans une tradition où on a pu parler d''interdit de la représentation. Le blanc interagit de manière remarquable avec le texte au point de lui permettre de prendre figure dans une stratégie de contournement de cet interdit. Plus fondamentalement, l'illustration n'a pas de sens dans une tradition où l'écriture, intrinsèquement liée à la parole divine a pour mission fondamentale de magnifier cette parole. La calligraphie, la beauté des matériaux et de la mise en page concourent à la célébration de la langue sacrée. La mise en scène du texte par le blanc  vient ajouter une dimension de sens supplémentaire.
Documents à consulter
 
=> On présente la vocation des deux traités grammaticaux qui commentent la langue sacrée  du Coran et célèbrent sa splendeur. Quelle est la partie de la page qui constitue le coeur de la leçon de grammaire ? Les élèves repèrent la partie centrale, grâce aux cartouches, à la différence de grosseur de caractères, à l'organisation concentrée et cadrée du texte … Quelle place occupe la marge ? C'est le lieu du déploiement d'un texte secondaire. Quel statut a-t-il ? Les élèves remarquent que les autres éléments textuels semblent fuser des encadrés comme prenant leur source dans la leçon centrale : on retrouve la notion de glose. Ils remarquent aussi qu'ils forment des figures. Quelles impressions visuelles s'en dégagent dans le document 1 et dans le document 2 ? L'ordonnancement des gloses qui forment le dessin d'une tente dans le premier se distingue de la sensation d'éclatement dans le second.  Quel but recherchaient les auteurs à travers une telle mise en page ?
Quelles que soient les interprétations données à ces mises en page, la calligraphie  y apparaît comme célébration de la langue sacrée. Le troisième document offre un exemple supplémentaire de glose marginale comme lieu d'un redéploiement visuel du texte. 
Dans le dernier document, l'image est très forte : tombeau de Joseph ou berceau de Moïse ? Le tombeau de Joseph devient-il le berceau de Moïse? Ce tombeau/berceau a la forme de l'arche d'alliance qui contiendra les tables de la loi que Moïse recevra de Dieu. Placé en transition entre les deux textes, la calligraphie est prophétie. Le texte peut faire advenir.
Les textes de Michel Melot sont éclairants sur le rapport que la tradition musulmane et la tradition hébraïque entretiennent avec la calligraphie du texte sacré.
Documents à consulter
 

La marge comme surgissement du dialogue entre le lecteur et le texte

Documents à consulter
Après avoir découvert la nature du texte et le contenu du passage, les élèves sont invités à réinvestir ce qu'ils ont retenu de l'organisation de la page réglée d'un manuscrit en faisant des remarques sur  la place des marges, l'organisation en colonne du texte, la graphie, la taille et les couleurs des lettres
=> Que représentent les images dans la marge ? Que remarquez-vous dans le texte au niveau des images ? Quel rapport entretiennent-elles avec le texte ? 
La représentation n'a ici plus du tout le même statut que dans les documents précédents.

Le blanc comme rythme du récit

 
Le passage à une autre ère culturelle avec l'exploration de rouleaux japonais et chinois va de pair avec le passage d'une écriture alphabétique à une écriture idéographique. Cette rupture induit des différences fortes dans le statut du blanc.
Site à consulter
Documents à consulter
 
Le texte qui se déploie sur le rouleau est un roman dont l'intrigue est résumé dans la notice..
=> L'écriture idéographique se lit dans le sens vertical. A votre avis dans quel sens se lit ce rouleau ? Grâce à quoi pouvez-vous le deviner ? Quelle part prennent respectivement le texte, les images et le blanc ? Quels commentaires pouvez-vous faire sur la fonction qu'occupe le blanc dans cette mise en page ?
Ici, l'image s'ajoute au texte pour illustrer les péripéties de l'histoire et rentre en interaction avec le texte. Le blanc donne le rythme à la page et structure le récit en séquences.

Le blanc comme poétique du vide

 
Documents à consulter
 
=> Quelles impressions se dégagent de ces pages ? D'où vient leur caractère poétique ? Quel statut a le texte par rapport à l'image ? Dans cette interaction entre l'image et le texte, quelle fonction occupe le blanc ?
Pour en savoir plus, textes à consulter
La conception chinoise de l'écriture par François Billeter extrait de son ouvrage consacre à L'art chinois de l'écriture, essai sur la calligraphie. François Cheng introduit mille ans de peinture chinoise dans son livre L'Espace du rêve aux éditions Phébus et particulièrement la fonction du blanc.

Synthèse de ce premier panorama à travers l'espace et le temps :

L'écriture et les valeurs spécifiques à chaque culture ont fait naître des pratiques singulières dans l'interaction du blanc de la page et du noir du texte. Celle-ci influence nécessairement la lecture, l'enrichit d'un niveau supplémentaire d'interprétation. Ce surcroît de sens se matérialise en particulier dans le lien entre le texte et l'image que l'image vienne s'intercaler dans le texte ou s'inscrire dans ses marges. Dans certains cas, le texte lui-même tend à devenir image. On a vu qu'alors le texte est investi d'une force particulière. Dans un glissement du sacré à l'art, de la parole de Dieu à celle du poète, la poésie contemporaine réinvesti le blanc de la page pour redonner toute sa force poétique à la parole créatrice,  au verbe.
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