fermer
l'aventure des écritures

La poétique du blanc : comment les poètes réinventent le blanc de la page

Parcours pédagogique

Les poètes, avec la révolution typographique liée à l'essor de l'imprimerie industrielle au XIXe siècle, ont réinvesti les valeurs d'image de l'écriture alphabétique et opéré un rapprochement avec le monde idéographique. Les écritures alphabétiques ont tendance à affaiblir la valeur d'image de l'écriture contrairement aux écritures idéographiques. Par les jeux du blanc et de la typographie l'image reprend ses droits dans l'écriture ; le blanc permet de rendre visible l'invisible et  concourt à la polysémie qui est le propre de la poésie.

Mallarmé a saisi mieux que quiconque comment la page imprimée, avec l'utilisation du code typographique, pouvait renouer avec la valeur d'image de la lettre. Les oeuvres de Marinetti, Iliazd et Leiris donnent des exemples manifestes de cette libération des énergies sonores et visuelles des textes. Enfin, les Calligrammes d'Apollinaire constituent un point d'aboutissement de ce glissement du texte vers l'image.

Le coup de maître de Mallarmé

Documents à consulter
=> En quoi cette mise en page est-elle surprenante ? Quel rapport faites-vous entre le titre et la mise en page du texte ? Comment s'organisent les deux pages entre elles ? Comment la lecture à voix haute peut-elle restituer les effets de mise en page ?
L'oralisation du texte conduit les élèves à des choix tranchés quant à l'interprétation du blanc. La mise en voix matérialise la densité du blanc, sa valeur musicale qui s'ajoute à la force visuelle qui s'en dégage et que l'on retrouve dans l'oeuvre de Marinetti.

Le blanc et l'énergie sonore du texte

Document à consulter

=> Quelle impression laisse la page ? Quelle énergie a-t-on envie de mettre dans la lecture du texte ? Y a-t-il un ordre possible à cette lecture ?  Quel rôle joue la typographie ? Le blanc ?

Le jeu de la typographie et du blanc  dégage une énergie irrésistible. La page explose littéralement sous la force de l'onomatopée. Le texte devient l'image même de cette explosion.

Le blanc et l'énergie visuelle du texte :

Documents à consulter
 
Comparée avec  l'œuvre de Marinetti, celle d'Iliazd permet de découvrir une autre forme de vibration jouant   sur l'énergie visuelle. L'approche des textes de Leiris s'inscrit dans cette dynamique de libération de l'énergie visuelle du texte.

=> Quel rapport y a-t-il entre le mot à définir "fronde" et les mots sélectionnés en face ? En l'absence de phrase et de syntaxe, qu'est-ce qui permet de faire le lien entre le mot à définir et les mots qui apparaissent sur la page ?

Le mot "fronde" fait face à une liste de substantifs accompagnés de leur définition sous forme de phrases nominales, liste dans laquelle il pourrait s'intercaler. Lui aussi se définit dans la combinaison de plusieurs substantifs apparemment assez éloignés de son sens littéral. C'est donc le travail d'inférence du lecteur qui va permettre d'aboutir, grâce à l'absence de syntaxe et à la mise en page chorégraphiée, à une interprétation singulière. Celle-ci se trouve enrichie des multiples sens de lecture qu'apportent le jeu sur la typographie et la mise en espace des mots. La pointe appuyée du A matérialise le projectile bientôt porté par le "vent", quand la linéarité de la conjecture s'oppose aux lignes brisées de l'aventure. Mais toutes les "conjectures" du lecteur se retrouvent ressaisies dans une vision homogène de l'objet qui apparaît à travers le calligramme des mots qui le définissent.

Les Calligrammes d'Apollinaire :

Les textes de Leiris jouent sur une mise en espace des mots  qui rentrent ainsi en résonance. Les calligrammes d'Apollinaire, manuscrits ou imprimés, figurent plus directement ce dont ils parlent. Comme le texte de Mallarmé, ils font date dans l’histoire littéraire même s’ils s’inscrivent dans une tradition.
Les poèmes figurés renvoient en effet à la tradition grecque du technopaegnion, ancêtre du calligramme.. Dans le monde romain, les premières tentatives s’observent  surtout au IVe siècle, avec les carmina figurata de Porphyre Optatien, dédiées à l’empereur. Ce genre sera repris par les poètes de la cour de Charlemagne et influencera le futur évêque de Mayence Raban Maur.
Apollinaire reprend à son compte cette tradition, mais il l'ancre dans les origines de l’écriture et l’inscrit dans la modernité. Il connaissait les expériences antérieures de calligrammes. Cependant, lorsque Fagus compare son travail à " la poésie figurative qui fit les délices de nos ancêtres " (Fagus, in Paris Midi du 20 juillet 1914, dans la gazette des lettres), il répond : " dans ma poésie je suis simplement revenu aux principes puisque l'idéogramme est le principe même de l'écriture. Cependant, entre ma poésie et les exemples de M. Fagus, il y a juste la même différence qu'entre telle voiture automobile du XVI° siècle, mue par un mouvement d'horlogerie, et une auto de course contemporaine ".
site à consulter
Documents à consulter
 

=> Que  perçoit le lecteur du texte  dans une première approche ? L'image ou le sens des phrases ?  Comment lire ces textes ? Y a-t-il exacte concordance entre le sens des phrases et les figures qu'elles dessinent ?  Qu'apporte la mise en scène à l'interprétation du texte ?

Qu'ils soient manuscrits ou typographiés, les calligrammes d'Apollinaire opèrent l'ultime  glissement du texte à l'image : le blanc permettait d'inscrire dans la marge l'image en surcroît du texte, ici c'est le texte qui se fait image. Cette matérialité du texte, rendue possible par le blanc de la page, donne une épaisseur supplémentaire à la vocation métaphorique du texte poétique. L'écriture dans la poésie moderne redevient capable à la fois de dire et de dessiner le monde.

sommaire
haut de page