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l'aventure des écritures

Découvrir les valeurs du blanc

Parcours pédagogique

De la page à lire à la page à écrire

 
La confrontation des documents, page de manuscrits, page de livre imprimé et page de brouillon montre deux fonctions majeures du blanc : à la fois principe organisateur de la page et matrice où le texte s'élabore, le texte mais aussi son commentaire. En effet, il est intéressant de s'arrêter sur le statut particulier de la glose qui est un texte qui dialogue avec le texte premier, confirmant que le blanc est bien l'espace où l'imaginaire s'investit.
C'est l'occasion de rendre sensibles les élèves aux impacts de la révolution imprimée et d'introduire quelques repères clefs dans l'histoire de la page. La révolution imprimée a entraîné une coupure entre page écrite et page lue. Au Moyen Âge, la page écrite était directement présentée au regard du lecteur. Le support de l'écriture où le texte s'inventait ou se dictait, le parchemin, était en même temps le support de la lecture. Avec l'essor de l'imprimerie et de l'industrie papetière à la Renaissance, le scripteur, qu'il soit auteur ou copiste, est dépossédé de ce lien direct. L'éditeur s’intercale entre l’auteur et son lecteur.

Effet de surprise : l'absence du blanc

Documents à consulter : textes latins en scriptura continua
 
texte à consulter : français écrit en scriptura continua

Site à consulter
Dans les manuscrits grecs et latins anciens, les pages ont un aspect compact. L'œil glisse sur les lignes sans repère à quoi s'accrocher. Le texte s'inscrit dans un ou deux rectangles, les lettres, toutes de même calibre, sont serrées les unes à côté des autres, sans espace : c'est la scriptura continua. il faut attendre le XIe siècle pour voir une découpe nette du texte en mots par des espaces, en phrases par la ponctuation.
Le texte ainsi compact nous semble difficile à déchiffrer. Les élèves sont invites à faire l’exercice sur un texte en français, d'abord en lecture silencieuse puis à voix haute.
=>  Pourquoi avons-nous du mal à lire un tel texte ? Qu'avons-nous dû faire pour pouvoir le déchiffrer puis le lire à voix haute ? Qu'apporterait le blanc dans une telle page ? Du coup, quelle fonction peut avoir le blanc dans une page ?
A l'origine des systèmes d'écriture alphabétique, il y a le désir de transcrire la continuité de la parole, de noter la chaîne des mots et des phrases sans interruption. On les conduit à s'interroger sur ce qu'apporterait le blanc dans une telle page et on note leurs hypothèses qui pourront se trouver infirmées ou validées par l'analyse des documents suivants. 

La fonction organisatrice du blanc dans la lecture

Documents à consulter
 
L'exploration de ces documents met en évidence les constances de la place du blanc et  ses fonctions dans l'organisation de la page, qu'elle soit manuscrite ou imprimée.
Comparaison des pages de la Bible dite de Saint Maur des Fossé ou du Comte Rorigon avec les pages des Epîtres et satire d'Horace :
=>  Où trouve-t-on le blanc dans la page ? À quoi sert ce blanc ? Les élèves sont invités à distinguer le blanc entre les mots, le blanc entre les paragraphes, le blanc des marges au centre et en bordure. Comment le blanc structure-t-il la phrase ? Pourquoi a-t-on pu le comparer à une ponctuation blanche ? Quelles sont les fonctions du blanc dans les marges ?
De la page carolingienne à la page imprimée de la Renaissance : comparaison d'une page manuscrite, Livres d'Isaïe avec gloses, XIIIe siècle, et d'une page imprimée, Postilles sur la Bible de Nicolas de Lyre
  => Quelles constances retrouve-t-on d'une page à l'autre ? A quoi servent les marges ? Que se passerait-il si la page imprimée n'avait pas de marge ?
La marge a une utilité pratique : espace du papier que l'on peut saisir sans craindre de cacher ou d'abimer le texte, espace nécessaire à la pliure et la reliure du codex. Le document La science pratique de l'imprimerie de Martin Dominique Fertel, aide à comprendre cette nécessité technique. La marge  est aussi le lieu où une écriture peut se surajouter à l'autre, la glose faisant d'une page à lire de nouveau une page à écrire. Le blanc appelle à être rempli par la pensée du lecteur qui rentre en dialogue avec le texte.  

Le blanc et la perception du texte :

 

Documents à consulter pour comparer plusieurs éditions d’un même texte et plus précisément les deux mises en pages de Du Bellay :

 
=> Quel mode de lecture imposent les deux mises en page ? Quel rôle joue le blanc dans notre lecture des textes ? Qu'est-ce qui se joue dans les interruptions du texte ? Vers quoi notre regard est-il le plus immédiatement attiré ? En quoi la mise en page modifie-t-elle notre lecture du texte ?
Une mise en page peut conduire à une lecture plus discursive qu'une autre, le regard va se trouver attiré par certains passages plutôt que d'autres, infléchissant ainsi l'interprétation. Le blanc introduit un silence qui, comme en musique, fait résonnance avec le texte. En bref, le blanc a une fonction graphique qui introduit une interaction dynamique entre le noir du texte et le reste de la page. Cette organisation impose un mode de lecture qui influence déjà le sens.

Le blanc, espace de projection de l'imaginaire dans l'écriture

Documents à consulter
 
=> Quelle différence majeure y a-t-il entre la page manuscrite carolingienne et la page manuscrite de Bataille ? Comment s'explique le dérèglement de la page de Bataille ? Quelle place et quelle fonction sont-elles données au blanc de la page dans le brouillon de Bataille et dans celui de Jules Romain ?
La page déréglée du brouillon révèle une pensée en mouvement, un texte en train de s'élaborer, quand la page carolingienne montre au contraire un texte qui se dépose sur la page. On rappelle alors que, dans la tradition occidentale, la distinction entre la page à écrire et la page à lire est le fruit d'une évolution marquée par la révolution de l'imprimerie qui a opéré la coupure entre la page, écrite sous la dictée ou copiée, et la page imprimée qui a en partie échappé au scripteur. Le brouillon de l'écrivain est apparu dans cet écart en devenant cet espace intime qui constitue l'antichambre du texte publié. La page de brouillon est cet espace où l'imaginaire de l'écrivain se projette pour prendre forme, par étapes successives. On demande aux élèves de réactiver les expériences qu'ils ont eux-mêmes de la page blanche, et de les confronter avec ce qu'ils peuvent deviner des processus à l'œuvre dans le brouillon de Bataille et de celui de Jules Romain.

Synthèse intermédiaire :

 
Au terme de cette première exploration, on peut faire noter une première typologie des fonctions du blanc :
. fonction organisatrice dans la page à lire
   - blanc entre les mots et les phrases comme ponctuation blanche
   - blanc entre les paragraphes, les rubriques et les chapitres
   - blanc de la marge
   - blanc de la marge empli par la glose quand on veut proposer ou imposer au lecteur une certaine manière de lire le texte principal

. fonction d'appel à l'écriture
   - blanc de la marge offert aux annotations du lecteur
   - blanc du brouillon à noircir
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