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l'aventure des écritures

La micrographie hébraïque de Michel Melot

Michel Melot
 

Parmi les nombreux types de rapports que l'écriture entretint avec l'image sacrée, la micrographie est demeurée une spécialité des manuscrits hébraïques. Peut-être faut-il y voir un curieux compromis entre l'interdit porté sur les images—moins fort que dans l'islam mais plus que dans le christianisme — et la puissance de la référence à l'Ecriture dans la civilisation d'Israël. Certainement le tabou de la représentation de l'image divine demeura très présent dans le judaïsme et étouffa quelque peu l'imagination des scribes, mais, pas plus que dans l'islam, la règle ne fut totalement respectée: la micrographie était peut-être un moyen d'y échapper, l'écriture devant servir en quelque sorte d'alibi à l'image qu'elle fait apparaître de façon toute subsidiaire. Ainsi, comme dans les calligrammes, c'est l'écriture même qui «fait image». Tout en demeurant donc apparentée aux jeux de la calligraphie sacrée, la micrographie hébraïque se distingue tout autant des tracés superbes du Coran que des carmina figurata chrétiens. C'est sans doute sous l'influence islamique que les plus anciens manuscrits micrographiés ne font pas apparaître de formes animales ou humaines mais simplement des motifs décoratifs abstraits ou végétaux. Le plus ancien de ces manuscrits hébraïques, un codex contenant le texte des Prophètes et provenant de Tibériade, daté de 895, reproduit à l'aide de lignes d'écritures minuscules un jeu luxuriant de rosaces. Le Pentateuque servit bien sûr de support à l'écriture micrographiée, mais c'est aussi dans les textes de la Massorah (recueil de prières qu'on a parfois comparé au «bréviaire» des catholiques) que la micrographie fut utilisée, de façon de plus en plus imagée, c'est-à-dire dans des motifs complexes représentant des animaux ou le chandelier à sept branches, par exemple, et cela jusqu'en plein Moyen Age (XIVe siècle), particulièrement en Allemagne.