Automobile en course
Giacomo Balla (1871- 1958)
Giacomo Balla (1871- 1958), 1913-1914.
Huile sur papier et carton, 73 x 104, Sbg : FUTUR BALLA
Paris, collection particulière
C'est au début de 1910 que le peintre romain Giacomo Balla rejoignit le groupe des peintres futuristes. Particulièrement intéressé par Marey et la chronophotographie et par le photodynamisme de Bragaglia, Balla s'attacha surtout à l'analyse des corps en mouvement, en commençant en 1913 par l'étude du vol des hirondelles et de la vitesse des automobiles, au point d'atteindre à l'abstraction par la représentation exclusive du mouvement lui-même : multiplication de l'objet dans l'espace selon des lignes de force dynamiques qui placent le spectateur et la sensation au centre du tableau. Cette toile en est l'illustration parfaite, le regard étant emporté vers un point de fuite où convergent les lignes qui structurent ses deux plans horizontaux, le plan inférieur empli par la rotation des roues et le plan supérieur où se déplace une forme quadrangulaire, donnant une sensation de vitesse accentuée par la froideur industrielle d'une palette presque monochrome. Le premier Manifeste du futurisme de Marinetti, publié dans le Figaro du 20 février 1909, avait dû tomber sous les yeux de Proust, lecteur attentif d'un journal qui donnait un article de lui peu après. Sans y éveiller d'intérêt à notre connaissance : mais à vrai dire il ne fut pas le seul lecteur à ne voir là qu'une excentricité. Il n'eût pas souscrit à la provocation qui consistait à déclarer une automobile de course plus belle que la Victoire de Samothrace ; mais il avait lui-même publié, en novembre 1907, dans le même Figaro, ses Impressions de route en automobile qui élevaient les sensations grisantes de la vitesse au rang de la transcendance esthétique, à la fois par la révolution opérée dans l'ordre de la perception de l'espace et par la finalité de la course, terminée en apothéose sur la vision nocturne du portail de la cathédrale de Lisieux, éclairé aux phares. Il fut aussi fasciné par l'aéroplane, par le téléphone ou le théâtrophone, autant d'instruments du machinisme moderne qui abolissaient la distance et donnaient accès à l'inaccessible. Marcel Proust ne vit pas de tableaux futuristes : mais comme lui, en même temps que lui, un peintre comme Balla était à la recherche de l'analyse entièrement nouvelle de la vitesse non pas comme phénomène objectif mais comme instrument perceptif et enjeu esthétique.
 
 

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