La plus ancienne impression de Gutenberg datée
Litterae indulgentiarum
Mayence, Johannes Gutenberg, 1454.
Placard, 19,1 x 27,2 cm
BnF, Réserve des livres rares, Vélins 394
© Bibliothèque nationale de France
La pratique des indulgences remonte au XIe siècle, mais c’est au XIVe et surtout au XVe siècle qu’elle s’est développée, les considérations fiscales passant peu à peu au premier plan. Parce qu’elles étaient distribuées contre le versement d’aumônes, évêques et légats accordaient des indulgences chaque fois qu’un besoin financier se faisait sentir.

Le 12 août 1451 le pape Nicolas V promulgue ainsi, pour une durée de trois ans, soit du 1er mai 1452 au 30 avril 1455, une concession d’indulgences plénières pour subvenir à la défense du royaume de Chypre contre les Turcs dont l’avancée devient de plus en plus menaçante. Un envoyé du roi de Chypre, Paulin Chappe, se rend auprès de l’archevêque de Mayence Dietrich von Erbach afin d’organiser la diffusion des lettres d’indulgence et la collecte des aumônes.

Après la prise de Constantinople par le sultan Mehmet II le 29 mai 1453, événement qui connaît un grand retentissement en Europe occidentale, l’intérêt pour les indulgences augmente à tel point que les scribes, qui jusqu’alors copiaient les formulaires, ne peuvent plus satisfaire la demande.

On a donc recours à une nouvelle technique récemment mise au point à Mayence, qui permet de multiplier les exemplaires rapidement et à volonté, c’est-à-dire à l’imprimerie.
Deux lettres d’indulgence sont imprimées à Mayence entre l’automne 1454 et le 30 avril 1455, chacune avec des caractères différents, l’une comportant 31 lignes, l’autre 30. L’impression s’étale sans doute sur plusieurs mois, la composition étant conservée en vue de nouveaux tirages suivant la demande.

L’exemplaire ici exposé appartient à l’édition à 31 lignes, qui est probablement la première. Il a été délivré le 31 décembre 1454 à Mayence à un certain Judocus Ott, originaire de Mospach (vraisemblablement Mosbach près de Biebrich, non loin de Mayence) ; il est signé par Johannes von Allendorf, abbé du monastère bénédictin Saint-Burkhard à Nürzburg.
En bas à gauche figure la somme perçue, soit 1 livre 3 sous, le premier montant constituant vraisemblablement l’aumône, le second le prix du formulaire.

On connaît quarante-quatre exemplaires de l’édition à 31 lignes, tous sur parchemin, chiffre élevé pour un placard et qui laisse supposer un tirage important estimé à plusieurs milliers, voire dix mille et même plus. Ils constituent non seulement les premiers textes officiels jamais imprimés, mais aussi les plus anciens témoins des débuts de l’imprimerie portant une date.

 
 

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