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Selon la définition
qu'en donne le prédicateur Alain de Lille au début du XIIIe siècle,
la prédication est "un enseignement public et collectif des
murs et de la foi, en vue d'instruire les hommes, appuyé
sur la raison et puisé aux sources de l'autorité".
Cette forme d'enseignement des masses en particulier des femmes
et des enfants se répand très tôt au cours
du Moyen Âge, comme en témoigne, dès le IVe siècle,
l'évêque d'Arles, saint Césaire ; elle se développe
au XIIe siècle pour combattre les hérésies
et connaît un vif essor au XIIIe siècle,
sous l'influence des ordres mendiants, dominicains et franciscains. Le
concile de Latran en 1215 en fixe les principes et les buts principaux :
attaquer l'hérésie ; affirmer la foi catholique ;
extirper les vices et semer les vertus dans une perspective de salut.
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Sous l'influence des
frères mendiants qui concurrencent largement le clergé séculier
et remportent un grand succès auprès des foules, la prédication
se répand sur les places publiques et aux carrefours des villes,
où elle rassemble un maximum d'auditeurs. Contrairement à
la messe, prononcée en latin, le prêche public se fait en
langue vulgaire pour être compris de tous. La "leçon",
ainsi donnée publiquement, peut durer plusieurs heures. Pour capter
l'attention du public populaire, il faut aux prédicateurs un grand
talent d'orateur, doublé de qualités de mime et d'acteur.
Les recours aux paraboles et aux historiettes divertissantes (les exempla),
tirées de fables ou de la vie quotidienne, sont fréquents
pour illustrer un sermon ; certains prédicateurs n'hésitent
pas à raconter des histoires drôles, à gesticuler
ou à agiter des objets incongrus pour réveiller la foule.
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Parmi le public habituel
des prédicateurs, les femmes et les jeunes filles tiennent le
haut du pavé. On trouve également dans la foule des étudiants
et des maîtres d'université, ainsi que des écoliers,
des jeunes gens ou apprentis de métiers. Il existe même
des prêches spécifiquement destinés aux enfants.
Nullement passif, le public des prédications, qui se chiffre
en milliers de personnes au XVe siècle,
interpelle parfois le prédicateur pour contester ses propos ou
l'appeler à davantage de modération. On ignore quel est
l'impact réel de ces sermons sur les murs et les connaissances
des gens ordinaires, mais ils font en tout cas complètement partie
du paysage urbain à la fin du Moyen Âge. Certains prédicateurs
sont salariés par les assemblées urbaines pour organiser
la représentation de mystères théâtraux et
assurer les grands cycles de prêche public qui rythment la vie
des villes tout entières, particulièrement au moment du
carême et de l'avent.
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