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Un
rôle politique et social
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Dans la ville, les enfants et les adolescents
ne sont pas de simples résidents privés de toute fonction
sociale. Nombreux, ils disposent d'un certain pouvoir et sont même
susceptibles de jouer un rôle lors des grandes crises, telle la lutte
entre les Armagnacs et les Bourguignons à Paris, au début
du XVe siècle. Ils participent aux combats
de rue et sont chargés par les différents partis en présence
de lancer des slogans politiques pour ou contre le duc de Bourgogne ; mais,
bien que courant plus vite et plus habilement que des adultes armés,
ils ne peuvent pas toujours échapper à la vindicte de ceux
qu'ils stigmatisent et sont bien souvent entraînés dans de
dangereuses émeutes, où ils se retrouvent foulés aux
pieds et blessés. |
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Faire respecter l'ordre moral
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À l'extrême
fin du Moyen Âge, les jeunes garçons sont de plus en plus
souvent chargés de faire respecter l'ordre moral ; ils s'en acquittent
avec toute la violence de leur âge – mais c'est une violence
au service des adultes
En 1494, par exemple, menés par le prédicateur et réformateur
Savonarole, ils parcourent Florence le jour du carnaval et exigent de
la population qu'elle leur remette les "vanités" dont
elle est encombrée : bijoux, jeux de dés et livres déviants
sont ensuite jetés dans un grand feu (appelé bûcher
des vanités), sorte de bûcher cathartique. Toujours en Italie,
les jeunes garçons sont présents lors des exécutions
capitales, données comme de vivants exemples de morale publique
: on conseille aux pères d'y emmener leurs fils ; ce sont encore
les bandes d'enfants menées par Savonarole qui se chargent de dépendre
les corps des condamnés, de les martyriser post mortem
et de propager ainsi à travers les rues de la ville, par la terreur,
une terrible leçon de morale à l'usage de ses habitants.
Bien que des enfants assistent également aux supplices publics
en Flandre et en France, ils ne sont pas investis d'une telle charge.
Ils sont pourtant impliqués très jeunes dans les charivaris
destinés à sanctionner les couples de nouveaux mariés
d'âges ou de milieux sociaux trop différents ; c'est
à eux de révéler publiquement les murs par
trop légères des jeunes filles à marier en les signalant
à l'attention de tous, le 1er mai, par
des branches d'épineux placées devant leur porte – alors
que celles des femmes aux murs inattaquables sont joliment fleuries.
Les jeunes garçons courent derrière les femmes trop coquettes
ou les prostituées, pour leur faire abandonner leurs parures d'un
luxe excessif, ne laissant pas d'injurier les filles de joie et même
de les bousculer dans la poussière ou la boue des rues, ce qui,
à Avignon, portait le nom trivial de batacule ! Ces "fillettes"
coursées par les gamins d'Avignon ou d'ailleurs, seront aussi la
cible de la jeune Jeanne d'Arc, qui les poursuivit à cheval pour
les chasser de la cité. |
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La délinquance juvénile
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L'âge tardif au mariage pousse aussi les jeunes
gens à se livrer des batailles en règle et à pratiquer
le viol collectif, malgré l'existence des "bordelages"
urbains. Les plus jeunes se livrent à des déprédations
de tous ordres (vols ou casse) ; la justice est clémente envers
eux, la jeunesse excusant tout excès, mais l'Église n'hésite
pas à sévir et à excommunier ceux qui s'attaquent
aux édifices ecclésiastiques, soit qu'ils prennent les statues
du portail comme buts de leurs jeux de ballon, soit qu'ils brisent les
vitraux en tirant à la fronde sur les oiseaux
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La société réagit
en instituant des systèmes d'encadrement de plus en plus stricts.
Au XVe siècle sont créées
des confraternités de jeunesse qui ont pour mission de "conserver
l'heureuse tranquillité du peuple" et de "gouverner honnêtement
la jeunesse". Dans les villes italiennes, ces confréries sont
ouvertes aux jeunes à partir de l'âge de 12 ans. Ils participent
aux processions et au théâtre urbains, montent des représentations
costumées, pour le carnaval, où ils mettent en scène
l'histoire sainte ou la vie des saints. Partout en Europe, dès
l'âge de 14 ans, les garçons sont embrigadés dans
la défense de la ville.
Ainsi, le rôle social des enfants et des adolescents monte en puissance
au cours du dernier siècle médiéval, sans pour autant
que leur soit dévolue la moindre autorité individuelle :
le pouvoir reste, et pour longtemps, l'apanage des adultes mûrs,
voire des hommes âgés. Cependant, des progrès sont
en germe. La ville va voir s'accroître, à la Renaissance,
son double rôle, à la fois secourable et formateur, dans
la protection de l'enfance. Au XVIe siècle
sont créées des "Aumônes des enfants" pour
les orphelins et les abandonnés ; les écoles se multiplient,
les collèges comme lieux d'enseignement s'instaurent, les livres
scolaires se diffusent davantage grâce à l'imprimerie, confirmant,
en les magnifiant, les acquis déjà non négligeables
du monde médiéval. |