Les enfants au travail

   

Très tôt, les enfants aident leurs parents à l'atelier ou à la boutique, mais ils n'exercent pas de véritable métier avant l'adolescence.

  Premières activités
 

Les enfants sont mis à contribution dès leur plus jeune âge : ils aident à porter la marchandise et font les courses. Dès qu'ils ont acquis à l'école les rudiments de la lecture et du calcul, vers 8 ou 10 ans, ils peuvent même tenir la boutique et vendre des denrées en l'absence de leurs parents. Ils accompagnent également leur mère au marché hebdomadaire. C'est en effet aux femmes qu'est traditionnellement dévolue la responsabilité de commercialiser les produits fabriqués par leur mari. Cette tâche n'est pas du tout dévalorisante, puisqu'elle implique qu'elles sachent compter pour recevoir et rendre la monnaie, lire et écrire pour noter les dettes (beaucoup de citadins de la fin du Moyen Âge ne survivent que grâce à l'endettement).

    L'apprentissage
    L'âge idoine

 

Philippe de Novare, au XIIIe siècle, affirme que l'on doit "à l'enfant apprendre tel métier qui convient à sa position sociale et on doit commencer le plus tôt possible". Mais ce conseil est peu suivi dans le cas des gens de métiers, car les artisans et les marchands se méfient de la mauvaise qualité des produits manufacturés par des enfants. Ainsi, sauf conditions familiales particulières (les orphelins, qui doivent être placés auprès d'une famille d'accueil), les garçons sont rarement mis en apprentissage avant 13 ans. L'âge des apprentis fluctue entre 14 et 25 ans, avec un placement en moyenne vers 15-16 ans : légalement, il s'agit donc d'adultes. Les filles, en revanche, peuvent être confiées beaucoup plus jeunes, entre 8 et 12 ans, à des personnes de confiance (prêtres, couples de bourgeois) pour apprendre à faire le ménage ou les travaux d'aiguille.
Les enfants sont surtout placés dans les métiers de bouche, l'artisanat et le commerce, notamment les activités textiles. Celles-ci ne sont pas – hormis le filage – réservées aux fillettes : le tissage et même la broderie sont aussi des métiers masculins. Les jeunes apprentis de ces grandes industries (les "enfants de fabrique") apportent de la laine aux fileuses avant de porter le fil obtenu chez les tisserandes.

    De futurs concurrents
 

Tous les enfants ne sont pas mis en apprentissage. En règle générale, ils apprennent le métier avec leur père. S'ils sont trop nombreux, les plus jeunes sont confiés à des confrères. Mais, dans les boutiques, le nombre des apprentis est strictement contingenté pour ne pas concurrencer et défavoriser les maîtres qui ne pourraient en accueillir qu'un seul, faute de place. Aussi, dans certains métiers, l'entraide exige qu'on n'engage comme apprenti qu'un fils ou une fille de gens de la même profession ; c'est le cas des filles de corroiers (fabricants de courroies). Les filles comme les garçons peuvent être mises en apprentissage artisanal, mais il leur est parfois interdit de reprendre une activité semblable à celle de leurs parents, pour ne pas leur faire concurrence…

    Une deuxième famille
 

Les apprentis vivent dans la famille du maître. Ce dernier doit leur enseigner son métier sans leur dissimuler aucun secret de fabrication. Il s'est engagé contractuellement, devant notaire, à se comporter avec eux "comme un père" et parfois même à leur faire donner des leçons de lecture, d'écriture, voire de grammaire (c'est-à-dire de latin), en échange d'une somme, souvent importante, concédée par les parents. Les apprentis passeront plusieurs années chez lui. Au XIIIe siècle, le Livre des métiers d'Étienne Boileau précise la durée de l'apprentissage pour chaque profession ; dans la majorité des cas, la durée varie de huit à dix ans ! À la fin de l'apprentissage, l'apprenti deviendra un "valet". Seuls les fils de maîtres de métier peuvent accéder à leur tour à la maîtrise ; à l'extrême fin du Moyen Âge, même en ville, il existe peu de possibilités d'ascension sociale.
Brutalité, brimades ou exploitation n'épargnent pas toujours les jeunes apprentis. Cependant, les maîtres violents risquent de passer en justice sur plainte des enfants, après expertise médicale. Peu d'artisans peuvent se permettre d'être condamnés, au risque de perdre leur revenu et d'être mis au ban de leur milieu professionnel, très surveillé et n'hésitant pas à recourir à des moyens coercitifs. Enfin, les confréries protègent les veuves et les orphelins de gens de métiers, grâce à une assurance matérielle financée par l'ensemble des artisans d'une même branche.