Les mutations monétaires au Moyen Âge


Si le pouvoir de battre monnaie appartenait au souverain, le caractère absolu de ce pouvoir fut progressivement contesté. En effet, lorsque le roi touchait à sa monnaie, tous ses sujets en subissaient les conséquences, bonnes ou mauvaises.

Les causes des mutations monétaires
Deux facteurs essentiels expliquent les changements de valeur de la monnaie à l'époque féodale :
– l'atomisation du pouvoir favorise la multiplicité des petits monétaires qui souhaitent réaliser des profits en faisant circuler sur leurs terres des pièces de faible valeur intrinsèque (aloi*) auxquelles ils donnent une certaine valeur nominale ;
– le manque chronique de métal précieux qui, alors que les échanges et les prix augmentent et que la masse monétaire circule plus vite, impose d'altérer les monnaies.
Aux XIVeet XVesiècles, les variations ont des origines voisines, mais elles sont voulues par une autorité responsable (le roi de France), consciente de leurs effets même si elles sont décidées par nécessité. La crise économique au XIVesiècle favorise la thésaurisation, donc la disparition de la "bonne monnaie". Dans ce contexte, la rareté de l'or et la pénurie d'argent nécessitent des ajustements fréquents. La guerre de Cent Ans impose au roi de vivre d'expédients financiers. N'oublions pas que ce dernier, lors de la frappe, tire profit de la différence entre le cours légal et le cours commercial des métaux précieux nécessaires à l'émission de monnaie ; ce bénéfice appelé seigneuriage* est une des principales sources de revenus du royaume avant la mise en place, à la fin du Moyen Âge, d'une fiscalité d'État.   
Les différents types de mutations
Le roi, détenteur du pouvoir monétaire a souvent usé, aux XIVe et XVe siècles, de son droit d'affaiblir ou de renforcer la monnaie. Il pouvait modifier, soit le titre* des pièces (en augmentant ou diminuant la teneur en or ou en argent fin sans changer l'aspect extérieur de la monnaie), soit leur poids de métal fin, soit leur valeur. Enfin, il pouvait cumuler les trois possibilités.   
Les conséquences des mutations
Les conséquences des mutations monétaires sont nombreuses : elles permettent au roi d'augmenter ses recettes de manière moins douloureuse qu'en prélevant un impôt permanent. Sur le plan social, il faut distinguer les renforcements, durement ressentis par le peuple, des dévaluations qui lésaient les seigneurs, les propriétaires de cens et de rentes libellés en monnaie de compte. Dans ce dernier type de mutations, le peuple, s'il bénéficiait d'une diminution des loyers et des cens, souffrait néanmoins de l'augmentation des prix.
Dans tous les cas, l'activité économique était d'autant plus perturbée que les mutations étaient nombreuses dans un court laps de temps. C'est pour limiter ces conséquences néfastes que Nicolas Oresme, conseiller de Charles V, formule des thèses monétaires audacieuses et proches des revendications des marchands : la monnaie appartient à la communauté et non plus au prince.