Le pied de monnaie
Un instrument de mesure des mutations des monnaies d'argent


 

Contrairement à celle de notre époque, la monnaie médiévale n'est pas fiduciaire, mais caractérisée par sa teneur en métal précieux, or ou argent.
Les pièces ne portent pas d'indication de leur valeur. L'autorité émettrice décide du poids et du titre de chaque espèce et affecte arbitrairement à chaque pièce un cours officiel en monnaie de compte exprimé en sous, deniers, obole.

Les conditions d'émission
 

Utilisé couramment en France à partir du début du XIVe siècle, le pied de monnaie permettait de connaître et de comparer la valeur réelle d'une émission monétaire d'argent (et donc de billon) par rapport à d'autres émissions, à partir d'un calcul combinant les conditions d'émission (poids, cours, titre).
Le poids est exprimé par la taille au marc, c'est-à-dire le nombre de pièces taillées dans un marc (unité de poids) de métal. Le marc utilisé pour les monnaies royales était le marc de Paris et équivalait à 244,75 g environ.
Le cours est officiellement fixé par l'autorité émettrice, exprimé en sous (12 deniers), deniers et obole (moitié du denier) tournois.
Le titre est exprimé selon la mode médiévales, en "deniers de loi argent le roi", unité de titre des monnaies d'argent. L'argent fin (1000 ) avait normalement 12 deniers de loi. Cependant 12 deniers de loi argent le roi ne représentaient en réalité que 11 deniers d'argent fin, soit 958 .

Calcul du pied de monnaie


Le pied de monnaie se calcule au moyen de la formule suivante :

(taille au marc x cours) : (titre x 5).

La norme de référence du pied de monnaie est le pied du gros tournois de Saint Louis, considéré comme la bonne monnaie idéale. Il était taillé à 60 pièces au marc, pour un cours unitaire de 12 deniers tournois et un titre de 12 deniers de loi argent le roi. Ainsi, pour le gros tournois de Saint Louis, le pied de monnaie était : (60 x 12) : (12 x 5) = 12
On parlait alors de "pied 12e". C'était le pied de monnaie de référence en France à la fin du Moyen Âge.

Pied de monnaie et mutations


 

Plus ce chiffre du pied de monnaie était élevé, plus la valeur réelle de l'émission concernée était faible, parce qu'affaiblie par une mutation des conditions d'émission.

Par exemple, si une mutation par affaiblissement de poids du gros tournois de Saint Louis était décidée de sorte qu'on taille désormais 65 pièces au marc au lieu de 60, sans changer cours ni titre, cela diminuait forcément le poids unitaire, donc, à titre égal, le poids de métal fin contenu dans chaque monnaie.

Ainsi une pièce d'argent pesant par exemple 4 g au titre de 12 deniers de loi argent le roi contenait 3,832 g d'argent fin, alors qu'une pièce de 3,8 g au même titre ne contenait plus que 3,64 g d'argent fin, ce qui affaiblissait sa valeur réelle aux yeux des utilisateurs médiévaux.

Cette affaiblissement se manifeste dans le chiffre du pied de monnaie :
(65 x 12) : (12 x 5) = 13, soit un pied "13e".

Comme les monnaies médiévales ne portaient aucune marque explicite de valeur, il était d'autant plus facile d'en changer arbitrairement le cours par simple acte de l'autorité émettrice.

Par exemple, si l'on décidait par ordonnance que le gros tournois avait désormais cours pour 13 deniers tournois au lieu de 12, sans changement des autres conditions d'émission, cela dévaluait automatiquement la valeur réelle de la pièce. En effet, le denier tournois n'était plus désormais représenté que par 3,832 : 13 = 0,295 g d'argent fin au lieu de 3,832 : 12 = 0,319 g pour un gros valant douze deniers.
Le pied de monnaie est alors : (60 x 13) : (12 x 5) = 13, soit pied 13e.

On pouvait également opérer une mutation en abaissant uniquement le titre de la monnaie.

Ainsi, si l'on décidait de frapper le même gros tournois au titre de 9 deniers de loi argent le roi, sans modification des autres conditions, une pièce pesant par exemple 4 g ne contiendrait plus que 2,874 g d'argent fin au lieu de 3,832 g, perdant donc de sa valeur réelle par rapport au gros tournois frappé au pied 12e.
Le pied de cette nouvelle monnaie serait : (60 x 12) : (9 x 5) = 16, soit le pied 16e.

Une mutation pouvait combiner une modification de plusieurs ou de toutes les conditions d'émission.

Par exemple, si on décidait de frapper un nouveau gros tournois à 64 pièces au marc au lieu de 60 et pour un cours de 15 deniers tournois au lieu de 12, le pied de monnaie est (64 x 15) : (12 x 5) = 16, soit le pied 16e.

Le calcul pied de monnaie permettait donc d'apprécier rapidement l'ampleur d'une mutation monétaire.