Reconquête de la monnaie par le roi


Extraits d'un acte de Philippe Auguste en faveur de Pierre, évêque de Lodève, renouvelant et confirmant les privilèges accordés à son prédécesseur Raimond (en 1188) et à la cathédrale Saint-Geniez de Lodève. Paris, 1210. Ces concession, renouvellent et confirment en fait celle de son père Louis VII en 1157
    

 
 

(...) De même nous avons donné et concédé au susdit Raimond évêque et à ses successeurs à perpétuité (...), et en particulier le droit de faire de la monnaie sous l'autorité royale, telle qu'elle soit acceptée sur toute l'étendue de l'évêché de Lodève et que personne ne puisse revendiquer une part ou quelque droit sur cette monnaie, et le droit d'interdire la fabrication (...) de nouvelles monnaies dans tout l'évêché de Lodève, (...) et en outre toutes les mines sur toute l'étendue de l'évêché de Lodève qu'elles soient déjà ouvertes ou à venir et qui sont notoirement du ressort du droit régalien. (...)

 

 

Recueil des actes de Philippe Auguste roi de France, publ. sous la dir. de C. Samaran par J. Monicat et J. Boussart, t. III, Paris, 1966, p. 209-211.
(traduit du latin)

    

Commentaire


 

Louis VII (1137-1180) avait entamé une politique visant à ce que son autorité reprenne pied dans la partie méridionale du royaume et que l'existence d'un roi suzerain, c'est-à-dire sommet de la pyramide féodale, soit à nouveau prise en compte par les grands princes et la féodalité de ces régions. Cette politique, dirigée avant tout contre les puissances et les ambitions des princes laïques, comtes de Toulouse de la maison de Saint-Gilles, famille Trencavel en Languedoc, rois d'Aragon, comtes de Barcelone et de Provence, passa souvent par un rapprochement avec des seigneurs ecclésiastiques comme les évêques, qui pouvaient eux-mêmes se trouver en conflit avec les princes laïques locaux. Elle concerna ainsi les évêques d'Uzès et de Mende. En outre elle dut être inspirée par l'action menée par l'empereur Frédéric Barberousse vis-à-vis de ses vassaux de l'ancien royaume d'Arles en Dauphiné, Lyonnais et Provence, régions voisines des précédentes mais terres d'Empire à l'époque, non françaises. La concession ou plutôt la confirmation royale de droits et privilèges accordée à ces princes d'Église est un aspect de cette politique. Elle est justifiée par le fait que les droits et privilèges concernés, parmi lesquels figure le droit de monnaie, étaient considérés comme régaliens, appartenant à l'autorité royale, et donc simplement délégués aux princes qui l'exerçaient dans les faits.
Le droit de monnaie n'apparut pas explicitement dans l'acte de 1157, mais seulement dans la première confirmation par Philippe Auguste en 1188, alors que les mines étaient spécifiées dans la première concession. Cependant du point de vue de l'évêque, l'autorité royale exclusive sur la monnaie était encore loin de s'imposer et d'être une garantie suffisante au temps de Philippe Auguste. En effet, il rechercha la confirmation de son droit de monnaie auprès d'autres autorités, celle du pape (1202), autorité ecclésiastique suprême, et celle du duc de Narbonne ou du comte de Toulouse (1192).
On remarque déjà la limitation de la circulation imposée à la monnaie épiscopale à l'étendue du seul diocèse de Lodève.
Un certain nombre de monnayages féodaux, laïques (Béziers, Anduse et Sauve, Roquefeuil) et ecclésiastiques (Mende, Viviers, Uzès, Lodève), purent exister plus ou moins longtemps en Languedoc grâce à l'exploitation de plusieurs gisements argentifères découverts dans les Cévennes, par exemple à Largentière en Vivarais, dont profitèrent les évêques de Viviers. Mais la prise de contrôle direct du Languedoc par le pouvoir royal au XIIIe siècle et le rapide épuisement de certains gisements mirent fin à la plupart d'entre eux.