Vente des monnaies de Chartres et d'Anjou
faite par Charles de Valois à Philippe V son neveu moyennant la somme
de 50 000 livres tournois. Maubuisson, 14 mai 1319.



 

Philippes par la grace de Dieu roy de France et de Navarre, à tous ceux qui ces presentes lettres verront et orront, salut.
Scavoir faisons que, comme nous eussions approché et fait convenir [réunir] devant nous les gens monnoyers de nostre tres cher, amé et feal oncle Charles, comte de Valois, sur le faict des monnoyes de Chartrain et d'Anjou, et fait leur monstrer comment ils ont mesuzé [commis des abus] esdites monnoyes en les ouvrant et forgeant d'autre poids et d'autre loy [aloi*] qu'ils ne deussent, dont nous et nos subjects estions deceuz et endommagez, eux proposans a leurs deffences aucunes raisons, par lesquelles ils se vouloient purger et montrer leur innocence, toutes voyes [toutefois], pour eschiner [éviter] et oster toute matiere de discort qui peut naistre et venir pour occasion de nous et de nostre dict oncle, eu deliberation et consel, avons sur ce accordé en telle maniere que il dès maintenant pour li et ses successeurs, vend, baille et delaisse perpetuellement a tousjours a nous et a nos successeurs rois de France, ses coings et ses monnoyes de ses terres et comtez de Chartain et d'Anjou sans y jamais ouvrer ny tenir coing, ne faire monnoye en nom de li ny de ses successeurs. Et nous li donnons et octroyons a une fois cinquante mi livres de bons petits tournois (...).

 

Publ. dans Germain Constans, Preuves du premier traité des trois premiers généraux maistres des monnoyes de France..., p. 16-17, dans Traité de la cour des monnoyes et de l'estendue de sa jurisdiction..., Paris, 1658.

   

Commentaire


 

Ce rachat de monnaies féodales par le roi en 1319 appartient à une vague de rachats qui se poursuivit jusqu'à la fin des années 1320 (Bourbon en 1321, Blois en 1328) et représente une des façons de mettre fin aux monnayages féodaux après le règlement de 1315. En effet, la définition des conditions d'émission fixée et imposée par le règlement était si stricte et défavorable aux monnaies féodales qu'il était quasiment inévitable de ne pas les respecter si l'on voulait monnayer avec quelque profit, et donc d'encourir les poursuites judiciaires de la part du roi ou de ses représentants. C'est ainsi que dès 1317 furent prononcées des suspensions de monnaies baronnales avec saisie des coins et fermeture des ateliers, et des poursuites furent engagées contre les officiers monétaires des barons. De guerre lasse et sans espoir d'autre profit, certains princes négocièrent au mieux la cession définitive de leur monnaie.