Extraits de Comptes royaux (1285-1314)


 

Sénéchaussée d'Auvergne, compte rendu pour l'Ascension 1299.
Recettes.
"Des biens d'un faux-monnayeur naguère bouilli dans la prévôté de Riom : 35 sous 2 deniers."

Bailliage de Vermandois, compte rendu à l'Ascension 1305.
Dépenses.
"Pour une marmite achetée afin de bouillir les faux-monnayeurs à Montdidier : 100 sous."

"Pour les dépenses faites par le prévôt de Montdidier et plusieurs autres en recherchant tant des assassins que des faux-monnayeurs, pris et jugés : 42 livres 10 sous (on doit obtenir les noms des faux-monnayeurs et leurs biens, car ils doivent revenir au roi comme il est de règle)."

Bailliage de Vermandois, compte rendu à la Toussaint 1299.
Recettes.
"Des biens de Baudoin l'Orfèvre, bouilli et pendu pour faux-monnayage, vendus à Roye, pour partie : 43 livres 9 sous."

[...]

Sénéchaussée de Carcassonne, compte rendu en juin 1302 ou 1303.
Dépenses.

"Pour les deniers délivrés à Pierre d'Avignon, pour la peine qu'il prit pour monseigneur le roi en venant en France à plusieurs reprises et en en repartant pour dénoncer à la cour des faussaires qui falsifiaient la monnaie de monseigneur le roi en terre d'Empire : 26 livres."
"Pour les deniers délivrés à monsieur Jean de Varenes, chevalier, sénéchal de Beaucaire, pour avoir deux faux-monnayeurs que détenait monsieur Hugues Adhémar, sire de Monteil et qui sont à présent prisonniers à Nîmes : 250 livres.
Pour les dépenses d'Audinet et de Costilion, sergents du roi à Nîmes, qui voyagèrent pour lesdits faux-monnayeurs et les conduisirent prisonniers à Nîmes, où ils restèrent durant plusieurs jours, la location de leurs roncins [chevaux] prise en compte, ainsi que les dépenses des autres hommes qui accompagnèrent lesdits sergents lorsqu'ils conduisirent lesdits faussaires : 6 livres 8 sous.
Pour les deniers délivrés à maître Raymond Jean, notaire de la cour d'Avignon, pour avoir transcrit les enquêtes faites par la cour d'Avignon contre plusieurs faussaires de la monnaie de monseigneur le roi : 10 livres."

 

Publ. par R. Fawtier et F. Maillard, tome I, Comptes généraux, Paris 1953 ; tome II, Comptes particuliers et comptes spéciaux ou extraordinaires, Paris, 1954.

(traduit du latin)

   

Commentaire


 

Le faux-monnayage, falsification de la monnaie du roi, était considéré comme un crime de lèse-majesté. À ce titre il était passible de la peine de mort, qui dans ce cas était exécutée par ébouillantage, voire pendaison, ou les deux... En outre les biens du condamné étaient confisqués au profit du roi, d'où les mentions de recettes des ventes de biens de condamnés dans les comptes royaux.
Les actions de police étaient confiées aux agents royaux locaux subalternes, prévôts, sergents, à l'intérieur de circonscriptions administratives, bailliages et sénéchaussées. Les enquêtes et les interpellations pouvaient mener ceux-ci "à l'étranger", car d'une part les faussaires pouvaient s'y être réfugiés, et d'autre part certains exerçaient leurs talents hors du royaume sur les terres étrangères, en particulier les terres d'Empire limitrophes du royaume à l'est, en principe hors de la juridiction royale. Mais on voit qu'un arrangement ou une collaboration était parfois possible, et alors le sénéchal en personne négociait avec le seigneur "étranger" la remise des criminels poursuivis ou bien on obtenait l'accès à des compléments d'information comme par exemple ici à Avignon.