Extraits du Traité de la monnoye de Metz


 

Dans la monnoye de France, nous n'avons aujourd'huy que trois elemens : le denier, le sol, et la livre tournois ; toutes les sommes se réduisans à ces trois termes.
La monnoye messine en a six : le denier, le sol, le gros, le franc, la livre, et l'écu ; et ce grand nombre d'elemens contribue beaucoup à sa confusion.
La livre tournois est composée de vingt sols, et le sol de douze deniers ; ainsi la livre vaut deux cens quarante deniers tournois.
Dans la monnoye messine le denier est comme en France, la baze de tous les comptes, et le premier element : le sol est composé de dix deniers, le gros en vaut douze, le franc vaut douze gros, la livre vingt gros, et l'écu trois livres ou soixante gros.

[...]


Du franc messin.
Le franc fait dans la monnoye de Metz ce que fait la livre tournois dans la monnoye de France, non pas qu'il y ait proportion entre l'un et l'autre puisque la livre est de 20 sols, et que le franc n'est que de 12 gros, mais parce que dans l'une et dans l'autre les comptes et calculs se font par les deux élemens, et que comme en France l'on compte par livres, à Metz l'on compte par francs.

 

Extraits de Traité de la monnoye de Metz, avec un tarif de sa réduction en monnoye de France, par Eustache Le Noble, Paris, 1665.

   

Commentaire


 

L'évêché de Metz, situé non dans le royaume, mais dans l'Empire, fut occupé par les troupes royales françaises de Henri II en 1552 et reconnu définitivement au roi de France aux termes du traité Münster (1648). L'évêque depuis le Xe siècle d'une part et la municipalité de Metz depuis la fin du XIVe siècle d'autre part avaient disposé et usé du droit de monnaie. En réalité, l'évêque avait cédé l'atelier de Metz à la ville en 1383 et ses successeurs continuèrent jusqu'en 1460 le monnayage épiscopal ailleurs dans le domaine temporel de l'évêché, à Marsal en particulier. Après une interruption d'un siècle environ, le cardinal Robert de Lenoncourt, évêque de Metz en 1551, fait installer un nouvel atelier à Vic-sur-Seille pour remplacer celui de Marsal et reprend le monnayage épiscopal. Sous l'occupation française, c'est son successeur Charles de Lorraine qui le fit fonctionner jusqu'en 1559 en y faisant frapper des pièces de type français et d'autres du système de l'Empire. Après une nouvelle interruption, l'évêque Henri de Verneuil émit quelques pièces au début du XVIIe siècle.
Cependant, après une mise sous séquestre de l'atelier par le roi de France en 1553, la ville de Metz recouvra son droit de battre monnaie en 1563 et l'utilisa jusqu'en 1662, en émettant entre autres espèces un franc, un demi-franc, et un quart de franc messins.
C'est que, dès la fin du XIVe siècle, la Lorraine, sous l'influence de la circulation des francs d'or du roi de France et de ses imitations, intégra le franc comme une monnaie de référence dans ses systèmes de compte. Ainsi dans le duché de Lorraine, le franc de compte se plaçait entre la livre et le florin ; dans le duché de Bar dès les années 1360, on comptait 5 francs pour 6 florins. Le maintien de monnayages particuliers en Lorraine à l'époque moderne et la frappe d'espèces libellées en franc permirent aux systèmes comptables locaux et au franc de compte d'y perdurer.
Comme Metz faisait désormais partie du royaume, se posait le problème de la conversion monétaire et comptable de la monnaie de Metz au regard du système français, qui est le sujet de l'ouvrage dont ce passage est extrait. Alors que le système français est l'"immémorial" livre-sol-denier tournois, système de compte pur bien distinct de la monnaie physique, celui de Metz, plus complexe, a combiné ces unités avec l'intégration de pièces de référence transformées ensuite en unités comptables, le gros, le franc, l'écu. Et dans ce système lorrain, le franc est l'unité pivot au même titre que la livre dans le reste du royaume.
Cet exemple lorrain apparaît comme un élément de l'histoire du franc dans sa continuité à l'époque moderne, entre celui du Moyen Âge et celui de la Révolution.