Damas

  Description de Damas par Idrîsî



Le pays de Damas est l'un des plus délicieux pays de Dieu.
Les eaux qui arrosent Ghûta proviennent de la source nommée Fîja, qui surgit du sommet d'une montagne ; elles descendent comme une grande rivière du haut de cette montagne avec un bruit et un fracas surprenants qu'on entend de fort loin. Dans l'intervalle compris entre le village de Abil et la ville, ces eaux se partagent en divers canaux connus sous les noms de Nahr-Yazîd, Nahr-Thawra, (…)Nahr-Yashkûr et Nahr-'Âdiyya ; les eaux de ce dernier ne sont pas potables, parce que c'est là que se déversent les immondices, les ordures, les eaux sales et les rigoles de la ville ; il la traverse par le milieu et il est coupé par un pont sur lequel on passe. Les autres canaux dont nous venons de parler entrent dans la ville et coulent dans les maisons, dans les bains, dans les jardins et dans les marchés.

Al-Idrs, Nuzhat al-mushtaq f ikhtirq al-fq,
encore appel "Livre de Roger". Sicile, 1154.

 

 

 

Description de Damas par Ibn Jubayr

Andalou partit effectuer le pèlerinage en Orient à la fin du XIIe siècle. Ibn Jubayr (1145-1217) nous livre dans son récit de voyage de précieux témoignages sur les pays traversés, chrétiens comme musulmans.

 



Que Dieu, très haut, la garde ! Damas, paradis de l'Orient, point d'où s'élève sa lumière rayonnante, sceau des pays de l'Islam que nous avons visités, nouvelle mariée que nous avons admirée après qu'elle eut soulevé son voile. Elle s'était parée de fleurs et de plantes aromatiques, elle apparaissait dans la robe de brocart vert de ses jardins. Elle était éminemment belle, assise sur le siège nuptial, parée de tous ses atours. Damas s'honore d'avoir abrité le Messie et sa mère – que Dieu les bénisse ! – sur une colline, séjour tranquille, arrosée d'eaux vives où s'étend une ombre épaisse et où l'onde est semblable à celle du Salsabîl au paradis. Ses ruisseaux serpentent partout, ses parterres sont parcourus d'une brise légère, vivifiante. La ville se montre à qui la contemple dans son bel éclat et lui dit : "Viens donc dans ce lieu où le charme demeure !" Le sol de Damas est si saturé d'eau qu'il aurait presque envie d'être sec et les pierres dures vous crieraient presque : "Frappez du pied, c'est là que vous pourrez faire vos ablutions avec une eau fraîche et que vous pourrez boire !" Les jardins entourent Damas comme le halo entoure la lune, le calice la fleur. À l'est, sa Ghouta verte s'étend à perte de vue et vers quelque direction qu'on porte les yeux sa splendeur éclatante retient le regard. Combien ont eu raison de dire ceux qui parlaient de Damas : "Si le paradis est sur terre, Damas y est, et s'il est dans le Ciel, Damas rivalise avec lui et est à sa hauteur !"

Ibn Jubayr, "Relation de voyages", dans Voyageurs arabes,
Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1995.