François Ier
BnF

Un combat historique

Par Pierre Tournemire, vice-président de la Ligue de l'enseignement, en charge de la laïcité
Texte publié dans TDC n°903, 2005

Connaître la genèse de la laïcité, cet idéal de liberté et d'égalité qui semble appartenir naturellement au patrimoine français, pour mieux comprendre le monde d'aujourd'hui.

La laïcité est, aujourd'hui en France, un principe de droit inscrit dans la Constitution de notre République. Elle est aussi une valeur de civilisation, fruit d'une longue histoire marquée par de durs combats pour accéder à un « vivre ensemble » harmonieux dans le respect réciproque des convictions individuelles.

Une idée qui vient de loin


Le baptême de Clovis
Si le mot "laïque" n'apparaît que dans la deuxième moitié du XIXe siècle, cette idée très ancienne trouve ses racines dans la philosophie grecque. Dès le moment où les hommes ont convoqué les dieux, au Parthénon, pour prendre en main leur destin, l'histoire de la pensée s'ordonne autour de deux mouvements contradictoires : l'un est le produit des certitudes métaphysiques, l'autre se fonde sur l'autonomie de la pensée individuelle. L'idée simple selon laquelle il est possible de vivre harmonieusement en pensant différemment aurait pu s'imposer naturellement au fur et à mesure des progrès sociaux et intellectuels.

Mais l'accès du christianisme au statut de religion officielle dans l'ensemble de l'Europe a provoqué un temps l'oubli de cette valeur patrimoniale. La collusion totale du pouvoir politique et du pouvoir religieux a longtemps arrêté la marche vers l'autonomie de la personne. D'autant qu'à ce modèle "théocratique" s'est substituée l'alliance du trône et de l'autel, entre le pouvoir royal et le pouvoir des clercs, scellée par le baptême de Clovis.


L'abbé de Saint-Denis, accompagné d'une procession, apporte la sainte ampoule
Mais une telle alliance conduit à des tensions, chacune des deux puissances voulant la suprématie.
Au XIIe siècle, Philippe IV le Bel affirme, contre le pape Boniface VIII, la prééminence du temporel sur le spirituel. Le souverain tire sa légitimité de l'Église mais affirme dans son État son autorité sur le clergé et limite au spirituel sa soumission à l'Église.

Cette distinction, simple pour les sujets du Roi – obéissance à ses représentants pour les actes de la vie civile et soumission au clergé pour leur vie spirituelle –, va se trouver bouleversée par le pluralisme religieux provoqué par la Réforme. Il va rendre nécessaire l'établissement d'une coexistence acceptable. C'est pour répondre aux effroyables guerres de Religion que Henri IV impose l'édit de Nantes. Mais l'instauration de cette tolérance est fragile et marque bien vite ses insuffisances. Louis XIV y mettra un terme, considérant qu'il ne peut y avoir que "un Roi, une foi, une loi".   


Discours sur l'origine et les fondemens de l'inégalité parmi les hommes

Parallèlement, le cheminement vers l'autonomie de la personne, capable de penser par elle-même, fut aussi très long. Au XIIe siècle, la redécouverte de la philosophie grecque par des penseurs musulmans de la grande époque arabo-andalouse, notamment Averroès, mais aussi l'œuvre de catholiques comme Thomas d'Aquin permettent la distinction progressive entre la foi et la raison. Il faudra ensuite l'action des philosophes pour que s'impose l'évolution des mentalités avec l'affirmation de l'humanisme de Montaigne, l'esprit des lois de Montesquieu, le progrès de la pensée grâce au doute méthodologique de Descartes, la lutte contre les superstitions et la revendication de la liberté de conscience de Pierre Bayle, la distinction de la croyance et du raisonnement de Spinoza, le libéralisme politique de Locke et les travaux des philosophes du XVIIIe siècle, Rousseau, Diderot et les encyclopédistes, Condorcet mais aussi les philosophes anglais et allemands, en particulier Kant.

 À cela il faut ajouter le combat de Galilée ou de Giordano Bruno, la lutte de Voltaire pour défendre Calas, l'indignation provoquée par l'exécution pour blasphème du chevalier de la Barre afin que soit reconnu un ordre de l'esprit séparable de l'ordre divin.

 
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