François Ier
BnF

Nouvelle donne à l'heure de la construction européenne

Par Pierre Tournemire, vice-président de la Ligue de l'enseignement, en charge de la laîcité
Texte publié dans TDC n°903, 2005

Timbre édité par la poste à l'occasion de la commémoration du centenaire de l'adoption de la loi de 1905
Dans un monde aujourd'hui apparemment sans frontières, au moment où des mutations inédites sont à la fois porteuses d'améliorations et d'inégalités sociales, dans une France où le pluralisme culturel et religieux est devenu une évidence, la laïcité retrouve une actualité dans un contexte français qui a beaucoup changé. De nouveaux mouvements religieux sont apparus et le Parlement a estimé nécessaire d'adopter une loi, le 12 juin 2001, afin de renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales. Dans le même temps, le débat, fortement médiatisé depuis 1989, sur le port de signes religieux, en particulier le voile islamique, fait rage. Une loi est finalement votée le 15 mars 2004 interdisant tout port de signes religieux dans l'enseignement public.
Au-delà de ces questions, le pluralisme religieux conduit certains à s'interroger sur une modification de la loi de 1905, mais la philosophie politique de cette loi constitue toujours une bonne réponse au nécessaire "vivre ensemble" dans une humanité plurielle. Cela suppose simplement que soit "laïcité gardée" selon la formule de Jaurès. Les revendications identitaires ou les pratiques religieuses doivent pouvoir légitimement s'exprimer dans la société sans contrainte ni suspicion, mais à la condition qu'elles n'empiètent pas sur la délibération politique et ne s'imposent pas à ceux qui ne veulent pas les partager.

L'État garant de la liberté de culte
La laïcité exige de ne pas rester inerte face à des revendications ou des comportements contraires aux libertés fondamentales, aux droits des personnes, à l'égalité homme-femme. Respecter des traditions culturelles n'oblige pas à accepter des conceptions discriminantes pour les personnes ou les groupes. La liberté religieuse n'implique pas la liberté laissée aux religions et à leurs représentants d'imposer à l'ensemble de la société les règles qui leur sont spécifiques. Dans le même temps, l'attitude laïque n'est pas d'asséner des vérités mais de développer des arguments pour convaincre de la pertinence de ces vérités. Il faut prendre garde de ne pas qualifier hâtivement de valeurs universelles s'imposant à tous certaines normes culturelles liées à notre histoire et à nos traditions. La laïcité est une éthique permettant de débattre de tout avec tout le monde.
Cela suppose qu'en France la laïcité soit réellement vécue au quotidien et ne se cantonne pas au ciel des idées. La misère est sourde à l'égalité de droit, l'exclusion est grosse de révoltes et le "vivre ensemble" paraît alors une provocation. Les injustices et la dignité bafouée sont sensibles aux sirènes des extrémismes.
La laïcité réclame la justice sociale, l'égale dignité et la lutte contre toutes les discriminations pour que soient, à la fois et dans le même temps, garanties l'expression de la pluralité des convictions et l'émancipation individuelle dans la paix civile. Au choc des passions doit se substituer un échange fécond nourri d'un même terreau de tolérance et de solidarité qui constitue ce qu'il y a de meilleur dans les principes républicains et les spiritualités diverses, religieuses, agnostiques ou athées.
Des citoyens libres, égaux et fraternels doivent construire un destin commun partagé dans le respect réciproque des convictions de chacun et avec le sens des responsabilités pour la recherche de valeurs communes sans lesquelles le "vivre ensemble" n'est pas possible. Nos valeurs républicaines auront la force de l'exemplarité en Europe et dans le monde si notre République est dans la réalité des faits ce qu'elle déclare être dans la Constitution : démocratique, laïque et sociale.
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