François Ier
BnF

La laïcité ennemie des religions ?

Par Pascale Hellégouarc'h


Le couronnement de Lothaire
En France la collusion a longtemps été totale entre pouvoir politique et pouvoir religieux. La loi de 1905 initiant la séparation entre l'Église et l'État distingue clairement le périmètre d'action de chacun. En restant à l'écart du fait religieux, l'état laïc garantit la liberté de penser et la liberté de culte dans le respect des lois : en ne favorisant aucune religion, il permet le respect de chacune. C'est l'un des fondements de la liberté de conscience et d'expression.

Découverte


Portrait en pied de Louis XIV
Le roi de France tenait son pouvoir de Dieu. L'enluminure ci-dessus représente le sacre de Lothaire au Xe siècle par l’archevêque de Reims, en présence des douze pairs du royaume qui portent les ornements et les insignes de la royauté. Consulter l'exploration interactive de l’enluminure.
Comment la référence à Dieu se manifeste-t-elle ?
Étudier dans ce portrait de Louis XIV les attributs du pouvoir : lesquels renvoient à Dieu, quelle puissance du pouvoir est ainsi exprimée ?
La loi de 1905 paraît dans un contexte houleux où les idéologies s’affrontent.
Dans les documents à consulter, une carte postale de 1905 représente l’expulsion d’une religieuse hors de l’église : quels personnages sont présents, que représentent-ils ? Comment interpréter la réaction de l’officier qui se tient sur la droite ?
À qui s’adresse selon vous la légende : "France !!! Quo vadis ?" (où vas-tu ?).
Images à consulter
 
Concrètement, les lignes de séparation sont bien marquées entre partisans et adversaires de la loi : parmi les documents à consulter, une photographie de 1905 montre un curé protégé par ses paroissiens et deux ours de la menace de l’inventaire des biens de l’Église. Qui se tient au premier plan de cette haie d’honneur ? En observant les vêtements, les chaussures, qui sont ces paroissiens défenseurs de l’Église ?
D’emblée, l’école se trouve au cœur des débats : l'illustration de Grandjouan publiée dans le journal L’Assiette au beurre le 19 mars 1904 montre un enfant démuni aux prises avec deux écoles – libre et laïque – également terrifiantes. La légende, "Choisis… tu es libre", témoigne du désarroi des contemporains dans un contexte bousculé : est-il déjà question de liberté de conscience ?
La relation s’est peu à peu apaisée au fil du siècle et au-delà des tensions, l’État assume sa mission de protection des lieux de culte, comme ce fut le cas après les attentats de janvier 2015 à Paris.

Exploration


Loi de séparation du 9 décembre 1905
En plaçant la religion en dehors de la sphère politique, la loi de 1905 est en accord avec la [Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen] (26 août 1789) : quels articles de la [Déclaration de 1789] se trouvent particulièrement concernés par la question religieuse ? Le premier article de la [loi de 1905] sur la séparation entre les Églises et l’État en pose le principe fondamental : comment se trouvent articulés l’individuel et le collectif ? Comment comprenez-vous l’article 26 ? Le préambule de la [Constitution de 1946] précise la Déclaration de 1789 : elle garantit à la femme des droits égaux à ceux de l’homme (article 3) et insiste sur la notion de droits et de libertés "sans distinction de race, de religion ni de croyance". Le contexte historique explique-t-il cette insistance ? L’article 13 mentionne l’adjectif "laïque" : à quel sujet ? Quel autre qualificatif l’accompagne ? Quelles avancées propose cet article par rapport aux lois Ferry de 1881-1882 établissant la gratuité absolue de l’enseignement primaire dans les écoles publiques (16 juin 1881), son obligation et le contenu de cet enseignement (1882) ? La loi du 28 mars 1882 délimite clairement le périmètre de la religion et de l’État : l’article 1 définit le programme, dans lequel l’instruction religieuse est remplacée par "l’instruction morale et civique". Pour autant, l’article 2 montre qu’il ne s’agit pas de supprimer la présence des cultes, pourquoi ? Cette disposition annonce-t-elle déjà la loi de 1905 ?
L’article premier de la [Constitution de 1958] propose une définition de la France : quels en sont les principes fondateurs ? Si la Constitution est claire, les débats perdurent notamment dans l’enseignement quant à la question des signes distinctifs. Le 27 novembre 1989, un [avis du Conseil d’État] ne pose pas comme incompatible le port de signes religieux et le principe de laïcité mais l’assortit de conditions, lesquelles ? Quinze ans plus tard, la [loi du 15 mars 2004] interdit « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse ». Le terme "ostensible" apparaît déjà dans l’avis du Conseil d’État en 1989 : comment peut s’expliquer cette interdiction ? L’enseignement supérieur est exclu du périmètre d’application : pourquoi selon vous ?

Réflexion


Voltaire assis à sa table de travail
Les religions ont longtemps été ennemies d’elles-mêmes, il suffit pour s’en convaincre de constater les horreurs commises au nom de Dieu. L’émergence du concept de laïcité apparaît comme l’héritage d’une défense de la liberté de penser contre la toute-puissance religieuse, à laquelle travaillent notamment Rabelais, Montesquieu, Locke, Rousseau... Des auteurs comme Voltaire, d’Alembert ou Condorcet ne mentionnent pas le terme "laïc" mais démontrent que les affaires religieuses renvoient à la conscience et à la raison individuelles et ne doivent pas se traduire par des règles collectives. Hugo l’affirmera clairement dans son discours du 14 janvier 1850 : "Je veux l'Église chez elle et l'État chez lui".
L’éducation s’est souvent retrouvée au cœur des débats, comme l’annonce le rapport de Condorcet sur l’instruction publique le 20 avril 1792. Comment la laïcité se manifeste-t-elle dans votre établissement ? Vous pouvez lire en détail le règlement intérieur, la place de l’affiche sur la laïcité, le nom donné à votre collège ou lycée, une devise éventuellement associée… De votre point de vue, et selon votre expérience, cette laïcité est-elle une garantie ou une violence faite à la diversité religieuse des élèves ?
Au-delà des débats, et aussi par leur intermédiaire, la laïcité apparaît comme un facteur d’apaisement et un instrument de paix sociale (Alain Rey (Dictionnaire culturel). Etymologiquement, le terme "laïc" est lié à la religion et distingue l'homme commun de l'homme instruit religieusement. Au fil du temps, la notion est devenue en France une protection efficace contre les extrémismes religieux et les débordements antérieurs. Ce constat est-il le même ailleurs ? En Europe ? Dans le monde ?
Quel sens donner, selon vous, à la promulgation, en France,  d’une journée nationale de la laïcité (9 décembre) ?

Invention

 
"La laïcité, amie des religions" : imaginer une affiche pour montrer que la laïcité protège les religions.
Vous pouvez vous inspirer de textes de l’anthologie (par exemple Montesquieu soulignant l'intérêt d'avoir plusieurs religions dans une société), de textes de lois, de dessins, de rencontres avec vos camarades… Cela peut aussi être l’occasion d’organiser des débats en classe ou au CDI… Vous pouvez même proposer d’organiser un concours d’affiches dans l’établissement !
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