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l'aventure du livre

Les Bestiaires

Par Marie Hélène Tesnière
L'imagerie animale est particulièrement riche dans le Moyen Âge occidental. 
La symbolique du bestiaire découle le plus souvent de la Bible et le monde animal y est totalement pensé en fonction de l'éloge du créateur et de l'édification du chrétien.
Le bestiaire se soucie davantage d'allégorie que de sciences naturelles et les êtres fabuleux qu'il génère suscitent des récits eux aussi fabuleux. Les animaux familiers eux-mêmes font l'objet de récits extravagants : la belette n'est-elle pas censée concevoir par l'oreille et mettre bas par la bouche, ou le pélican ramener ses petits à la vie avec son propre sang ?
Superposé aux récits de l'Antiquité, le bestiaire génère des espèces hybrides comme la sirène ou le dragon ou encore le centaure devenu sagittaire du zodiaque – qui inspirent largement les artistes du Moyen Âge. Ceux-ci n'hésitent alors pas à sortir des formes convenues de l'Antiquité pour faire naître une floraison débridée de monstres censés inspirer la peur de l'Enfer et du Jugement dernier…
Pour le Moyen-Âge, tous ces animaux existent réellement. Ils donnent naissance à un type de livre spécifique, les bestiaires, appelés aussi "livres des natures des animaux", visant avant tout à enseigner une morale chrétienne simple. Reprenant la tradition du Physiologus, traité d'histoire naturelle de l'Antiquité sur les propriétés des bêtes,.les bestiaires prêtent aux animaux des personnalités et des sentiments comparables à ceux des hommes, donnant ainsi des interprétations moralisatrices souvent plus développées que les descriptions comportementales qui les précèdent.
Les bestiaires sont construits sur l’idée qu’il existe, comme le raconte la Genèse, un rapport hiérarchique entre toutes les créatures de Dieu, et que l’Homme en occupe le sommet : dans sa célèbre Consolation de Philosophie, l’un des textes les plus lus au Moyen Âge, Boèce compare ainsi les hommes qui se sont éloignés du Bien aux animaux.
Les bestiaires apparaissent en Angleterre au XIIe siècle, à destination du monde aristocratique. Puis ils se répandent dans le Nord de la France et en Normandie. Les Bestiaires en latin sont destinés aux clercs ; les Bestiaires en français aux laïcs. De nombreux écrivains se sont emparés du genre pour créer des bestiaires spirituels, philosophiques, ou courtois.
 

Le plus ancien bestiaire en français est celui de Philippe de Thaon (vers 1120). A côté des compilations en latin directement issues du Physiologus, le Bestiaire divin de Guillaume le Clerc, celui de Gervaise (vers 1150), le Bestiaire en latin de Pierre de Beauvais (avant 1218) et sa traduction en français, le De animalibus d’Albert le Grand (1260) sont les principaux représentants de ce genre à finalité didactique et morale.



 
Parodie courtoise du bestiaire moralisé, le Bestiaire d’Amour de Richard de Fournival (vers 1250) marque la fin du genre.
Les bestiaires latins commencent toujours par les bêtes sauvages et particulièrement le lion. Viennent ensuite les animaux domestiques, puis les petites bêtes - fourmis, oiseaux, insectes, monstres et vers.
Tout en commençant généralement par le lion, les bestiaires français entremêlent les catégories d’animaux pour construire un Bestiaire du Christ.

 
Les manuscrits sont illustrés, et leur iconographie obéit à des codes précis. Le nom de l’animal est prolongé à la fois par une description des ses principales caractéristiques, et par une représentation figurée car, selon Richard de Fournival, "La mémoire a deux portes, la vue et l’ouïe ; et chacune ouvre sur un chemin qui y conduit, la peinture et la parole".
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