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l'aventure du livre

Le livre à l'ère industrielle

par Ève Netchine

Renouvellement des métiers du livre

 
Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, les imprimeurs/libraires sont les principaux acteurs de l'univers du livre en cumulant diverses fonctions. Longtemps confondues, les activités de librairie et d’édition conquièrent au XIXe siècle leur autonomie.

Naissance de l'éditeur

À partir de 1830, la fonction d'éditeur au sens actuel du terme voit le jour. L'éditeur suit la publication depuis la conception du manuscrit jusqu'à sa diffusion, soucieux de faire connaître ses publications à un large public.
Avec la mécanisation, il devient indispensable d'augmenter les tirages pour être compétitif.
Des éditeurs entreprenants, souvent issus de milieux modestes, à l'écoute de nouveaux publics, prennent la tête des maisons d'édition. Ils sauront développer l'édition populaire. Leurs noms nous restent familiers : Dalloz, Hachette, Calmann Lévy, Larousse, Fayard, Flammarion, Hatier, Nathan… pour citer les principales maisons nées au  XIXe siècle.
 
Les éditeurs créent, en 1847, le Cercle de la librairie, entre club et syndicat professionnel, pour rassembler tous les métiers du livre. Héritier d'une grande lignée de libraires- imprimeurs, Ambroise Firmin-Didot en est le premier président.
 
Les nouvelles responsabilités de l'éditeur et les risques qu'il prend alimentent une certaine tension avec les auteurs. Les correspondances témoignent de ces querelles, souvent alimentées par des différends financiers. Ainsi Zola se brouillera-t-il avec près de trente éditeurs. Dans ce contexte, l'amitié qui lie Jules Verne à son éditeur, Hetzel, fait figure d'exception.

Presse et édition : concurrences et complémentarités

Les différents modes de publication en feuilleton et sous forme de livre se succèdent plus qu’ils ne se concurrencent. Pourtant, à partir de la Monarchie de Juillet, les éditeurs attribuent souvent leurs difficultés économiques au développement de la presse, qui serait concurrente du livre. Pourtant, les éditeurs sont souvent eux-mêmes patrons de presse (Hachette publie le Journal des enfants, Gautier-Langeureau la Veillée des chaumières et Félix Alcan crée la Revue sociologique).


Mutations de la librairie

Malgré de fortes disparités régionales, le réseau de librairies de détail se densifie progressivement. D’après Martyn Lyons (l'Histoire de la librairie française), on compte moins de 2 500 librairies au milieu du siècle en France et plus du double trente ans plus tard. Une librairie pour 10 000 habitants devient la norme à la fin du siècle. Pourtant, si les départements très urbanisés (Seine- Inférieure, Rhône, Bouches-du-Rhône et Hérault) et l’Est du pays sont bien pourvus, la présence des librairies reste indigente en Corse, dans les Côtes-du-Nord, l’Ariège, la Corrèze ou la Haute-Loire. La carte des librairies se superpose dans une certaine mesure avec celle de la France instruite. À Paris, la librairie reste concentrée dans le Quartier latin et autour du Palais-Royal. 
Quant au colportage, qui apportait dans les campagnes almanachs et livrets de la Bibliothèque bleue, complétés de quelques titres plus récents, il connaît un déclin aussi brusque que rapide à partir de 1860.
Étroitement contrôlé par le pouvoir qui craint la diffusion d'une littérature subversive, concurrencé par la presse à bon marché, contraint en 1852 de faire apposer un timbre sur chaque pièce de sa marchandise, le réseau des colporteurs s’efface lorsque le maillage des librairies de détail devient suffisant.

Censures

Le régime de la censure au sens large règne en France pendant la majeure partie du siècle : il faudra attendre 1870 pour que soit supprimé le système du brevet créé par Napoléon Ier le 5 février 1810, qui limite le nombre des imprimeurs et des libraires et leur impose la possession d’un "certificat de bonne vie et mœurs" et "d’attachement à la patrie et au souverain". La loi qui établit la liberté de la presse est votée le 29 juillet 1881 : désormais, "l’imprimerie et la librairie sont libres".
Pourtant, au nom de la défense de la morale publique et religieuse et de celle des bonnes mœurs (loi du 17 mai 1819) de nombreux écrivains et leurs éditeurs sont poursuivis en justice parmi lesquels les frères Goncourt, Flaubert (Madame Bovary), Baudelaire (Les Fleurs du mal), sont parmi les plus célèbres d'entre eux.
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