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l'aventure du livre

L’héritage carolingien dans la culture européenne

 
Le développement de la culture, sa diffusion aux frontières de l’Europe, et l’essor artistique sans précédent qui caractérisent la renaissance carolingienne laissent des traces profondes sur les siècles à venir. Dans le domaine du livre, plusieurs progrès datant de l’époque carolingienne vont marquer durablement l’évolution de l’écriture et de la lecture.
Le changement majeur, qui révolutionne véritablement l’usage du livre, consiste dans l’invention, puis la diffusion de l’écriture appelée minuscule caroline.
L'autre grande réalisation des Carolingiens est d’avoir œuvré à purifier la langue parlée et écrite, et d’avoir travaillé à diffuser le latin aussi largement que possible, par le biais des livres et d’une politique d’éducation d’envergure.
 




Grâce à la politique culturelle des souverains et à l’expansion sans précédent du livre, la culture des lettrés carolingiens croît considérablement par rapport aux siècles antérieurs. On redécouvre les auteurs de l’Antiquité latine. On réapprend à lire la Bible et les grands théologiens des premiers siècles, et à y trouver matière pour de nouvelles œuvres.
À côté des livres d’apparat gardés dans le trésor, les empereurs possèdent leur propre bibliothèque, qui contient les textes qu’ils achètent ou font copier, ceux qu’on leur offre ou que les lettrés qu’ils encouragent à écrire leur dédient.
Enfin, l'un des grands progrès du monde carolingien est l'entrée de la médecine dans le domaine des sciences, avec la copie des textes diffusant l'héritage antique.

L’écriture caroline : un outil de transmission

La volonté des carolingiens de simplifier et d'unifier l'écriture dans tout le royaume aboutit, après un lent processus, à imposer la minuscule caroline dans toute l'Europe occidentale dès le second quart du IXe siècle. Cette écriture unique, promise à devenir universelle, atteint une perfection inégalée vers le milieu du siècle.
Les graphies anciennes, utilisées jusqu'à la fin du VIIIe siècle environ, présentaient en effet des inconvénients majeurs. L'écriture mérovingienne, en lettres majuscules, était trop longue à copier ; et les écritures onciale et semi-onciale latines étaient difficiles à déchiffrer à cause de leurs ligatures compliquées et de leurs spécificités régionales, qui les rendaient incompréhensibles aux étrangers. La minuscule caroline, qui naît à la fin du VIIIe siècle au cœur du royaume franc, est incomparablement plus fonctionnelle que ces deux écritures : à la fois plus lisible et plus facile à reproduire, elle s'impose en quelques années, amenant avec elle de nouvelles pratiques.
La caroline est conçue à partir de 770 par les scribes de la chancellerie chargés de la rédaction des actes royaux et de leur diffusion dans tous les territoires. Elle trouve très rapidement un écho dans les grands scriptoria, celui de Corbie d'abord, dès l'abbatiat de Maurdramne (772-781), puis celui du Palais, où le poème que Godescalc dédie à Charlemagne est copié en caroline dès 781-783.
 

Corbie : un scriptorium particulièrement novateur

L'abbaye de Corbie est depuis le milieu du VIIIe siècle un foyer d'étude exemplaire. Elle dispose de l'un des plus importants scriptoria monastiques, qui travaille pour la bibliothèque de l'abbaye et pour d'autres institutions. Plus de huit cents manuscrits copiés dans cette abbaye nous sont parvenus ; le grand nombre de volumes conservés permet une analyse paléographique unique des écritures successives utilisées à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle.
 
Le premier type, dit "e-n-a", est encore une écriture mérovingienne.
Le second, pratiqué entre 751 et 768, présente une forme de précaroline. La célèbre écriture "ab" figure dans trente-cinq manuscrits passés par Corbie. Il s'agit d'une écriture précaroline, qui rappelle fortement l'écriture de chancellerie mérovingienne ; employée depuis la fin du VIIIe siècle jusque dans les années 820, son emplacement, ses acteurs comme son origine véritable restent encore énigmatiques.
Une caroline aux traits parfois archaïques, mais marquée par un évident souci de clarté, apparaît sous l'abbatiat de Maurdramne (772-781). Sa révision de la Bible en est le plus ancien exemplaire datable. Un bon exemple de cette première caroline, avec ses a ouverts, ses nombreuses ligatures rt, st, et et ra, est fourni par l'ouvrage d'Alcuin (les Questions sur la Genèse et les Lettres), réalisé à Corbie entre 798 et 817-820.
C'est également à cette époque que le scriptorium de Corbie joue un rôle important dans la naissance et la maturation de nouvelles pratiques d'écriture, comme le point d'interrogation, qui apparaît simultanément ici et dans d'autres ateliers contemporains. Ce système de ponctuation est bien plus satisfaisant pour la compréhension des textes que la simple indication des pauses, pratiquées par les scribes de la Basse Antiquité et du Haut Moyen Âge.
Enfin, dans le troisième quart du IXe siècle, l'écriture pratiquée à Corbie est une minuscule harmonieuse et parfaitement proportionnée, qui intègre les aspects les plus novateurs de l'écriture caroline ; sa perfection est presque typographique. Homogène et claire, elle introduit aussi la séparation entre les mots, qui facilite grandement la lisibilité.
 

Les scriptoria de la Loire

Dans la région de la Loire, avant même l'avènement de la dynastie carolingienne, les scribes pratiquaient une sorte de "cursive améliorée" qui, comme son nom l'indique, est émaillée de traits cursifs, mais présentait déjà quelques caractères de l'écriture caroline.
Déplorant dans une lettre datée de 799 la "rusticité" des scribes tourangeaux, Alcuin entreprend ensuite de réformer l'écriture à partir de modèles antiques. Il remet à l'honneur les différents styles calligraphiques pratiqués dans l'Antiquité, et s'efforce d'établir une hiérarchie entre la capitale, la capitale rustique, l'onciale et la semi-onciale, et de perfectionner la cursive améliorée. Il introduit, par ailleurs, l'usage systématique de la ponctuation, pour des raisons à la fois esthétiques et grammaticales. Afin de fournir des exemples concrets aux scribes, il fait venir des livres d'Angleterre où le souvenir de l'Antiquité ne s'était jamais réellement estompé.
 




Copiés par cinq mains différentes, les Évangiles de Saint-Martin de Tours réalisés vers l'an 800 offrent un excellent aperçu de la diversité des styles d'écriture pratiqués à Tours et des réformes calligraphiques menées par Alcuin. Bien que certains passages soient écrits en une cursive embellie qui présente de nombreux traits archaïques hérités de l'époque mérovingienne, on observe un réel effort d'embellissement de l'écriture. Celui-ci est en particulier perceptible à travers l'emploi d'une minuscule régulière et aérée, de signes de ponctuation et de styles d'écriture variés (capitale, onciale et semi-onciale), même si la hiérarchie entre ces différents styles n'est pas encore respectée, comme à la période suivante.
Ce renouveau de l'écriture se confirme sous les abbatiats successifs de Fridugise, d'Adalard et de Vivien, donnant naissance à ce qu'on appelle le "regular style". Celui-ci atteint sa pleine maturité sous les deux derniers abbés, après une longue période de transition durant laquelle certaines habitudes anciennes, notamment certains traits cursifs, persistent encore. Ce nouveau style se caractérise entre autres par l'élaboration d'une minuscule aux formes parfaites, le respect systématique de la hiérarchie entre les différents types d'écriture et le recours fréquent à l'écriture semi-onciale pour certaines parties du texte, l'utilisation d'un nouveau style de réglure et d'une nouvelle méthode de ponctuation.
 

Évolution de la Caroline

À partir du XIIe siècle, la caroline décline lentement, pour laisser la place, au XIIIe siècle, à l'écriture gothique, plus anguleuse. Mais elle est reprise par les humanistes de la Renaissance, et réadaptée pour les premiers caractères d'imprimerie.
 




La caroline a marqué les débuts d'une véritable unification de la graphie. Aujourd'hui encore, nous bénéficions de l'influence de cette normalisation dans la structure de nos minuscules.

Le latin uniformisé par le livre

 
L'une des grandes réalisations des Carolingiens est d'avoir œuvré à purifier la langue parlée et écrite, et d'avoir travaillé à la diffuser aussi largement que possible, par le biais des livres et d'une politique d'éducation d'envergure.
Dans une partie de l'empire carolingien, celle qui correspond aux régions issues de l'ancien Empire romain, le latin parlé par les populations est progressivement devenu un latin rustique, qu'on a finalement appelé le roman. L'écart entre ce latin parlé et le "beau latin" écrit par les lettrés se creuse de plus en plus, au point que l'un devient incompréhensible à l'autre : on peut dire qu'à partir de la deuxième moitié du VIIIe siècle en France du Nord, de la première moitié du IXe en France du Sud, et quelques centaines d'années plus tard en Espagne et en Italie, la langue parlée par les Chrétiens de l'empire n'est plus le latin.
Une immense majorité de la population, ainsi que des élites, cependant, s'exprime dans des langues germaniques, slaves et celtiques ; la langue maternelle de Charlemagne, par exemple, comme probablement d'une grande partie de l'aristocratie franque, est le francique.
 



 
Mais le latin reste la langue de l'administration, et il est donc indispensable aux clercs, religieux et laïques, de la maîtriser pour participer à l'encadrement des populations. Le concile de Francfort, en 794, affirme que chacun peut prier Dieu dans sa propre langue ; seule la langue latine, toutefois, est admise pour les célébrations.
C'est pourquoi une grande partie de l'effort culturel mené par les Carolingiens porte sur la qualité du latin utilisé : il faut permettre la communication au sein de l'administration de l'empire, mais aussi rendre leur pureté initiale aux textes écrits, souvent corrompus par de mauvaises traductions et de copies hâtives. L'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, rédigée à la fin du VIe siècle, en témoigne : les imperfections linguistiques de son récit, très utilisé par les historiens carolingiens, nous montrent la pertinence des réformes textuelles que les souverains carolingiens engageront quelques décennies plus tard.
 


Sous l'impulsion de Charlemagne et des lettrés dont il s'entoure, comme Alcuin, l'historien Paul Diacre ou le grammairien Pierre de Pise, et parallèlement aux grandes réformes liturgiques, commence en effet une véritable entreprise de restauration du latin.
On en revient au latin du VIe siècle, suivant les règles de la grammaire de Donat. De très nombreuses nouvelles copies de textes profanes et sacrés sont réalisées, et Alcuin réalise une nouvelle version de la Vulgate, traduction de la Bible. C'est qu'on a conscience de la nécessité d'une version de la Bible qui soit débarrassée des erreurs et interpolations accumulées depuis que le pape Damase Ier (366-384), conscient de la confusion due à l'altération du texte latin ancien, ou Vetus latina, en avait demandé une révision complète à saint Jérôme. Cette nouvelle traduction, la Vulgate, s'était imposée lentement et avait à son tour fait l'objet d'interpolations, sans compter les fautes des copistes. Il s'agit, de la part d'Alcuin, de la première entreprise d'envergure sur le fond, réalisée à partir de plusieurs manuscrits en latin. Alcuin rectifie la grammaire et l'orthographe et supprime les erreurs des copistes, mais surtout il abandonne la Vetus latina pour la Vulgate de saint Jérôme.

Le latin devient la langue qui permet la communication entre les différents peuples chrétiens, et va rester la seule langue liturgique officielle jusqu'au concile de Vatican II, en 1962.

La culture des lettrés carolingiens

 
Grâce à la politique culturelle des souverains et à l'expansion sans précédent du livre, la culture des lettrés carolingiens croît considérablement par rapport aux siècles antérieurs. Charlemagne, soutenu par Alcuin qui appelle à la création en Francie d'une "nouvelle Athènes", remet à l'honneur les sept Arts Libéraux ; ces disciplines constituent un progrès décisif dans l'organisation des études, et serviront de base à l'enseignement scolaire, puis universitaire, pendant tout le Moyen Âge.
Destinés à l'élite intellectuelle, dirigés souvent par des savants reconnus, les centres qui les enseignent sont aussi des lieux de rencontre pour des maîtres venus de tous les horizons, Francs, Italiens, Irlandais, Ibériques, Anglo-saxons… Ils y apportent leur savoir et leur culture, constitués d'apports du monde antique et byzantin et de l'héritage du monde franc et germanique. C'est là que va fusionner au IXe siècle cet ensemble, à l'origine disparate, de la culture occidentale, dans tous les genres littéraires et dans l'art.
 

Les lectures profanes

On redécouvre les auteurs de l'Antiquité latine : Loup de Ferrières écrit à Éginhard le plaisir qu'il éprouve à lire Cicéron ou Aulu-Gelle, et lui en demande le prêt. On les imite, comme le même Éginhard paraphrasant Suétone pour la biographie de Charlemagne. On copie dans les scriptoria les exemplaires antiques qui circulent en Gaule, pour disposer de nouveaux exemplaires qui nous permettent aujourd'hui de connaître ces textes dans des versions aussi fidèles que possible au texte original (comme, par exemple, les Lettres à Lucilius de Sénèque).
 
Pour ce qui est de la littérature grecque, elle est apparue dans le royaume franc dès le règne de Pépin le Bref, en liaison peut-être avec les relations que le roi tente de rétablir avec l'empire byzantin : en 758-763, le pape Paul Ier envoie divers textes en grec, qu'à cette époque personne ne comprend. Les grammairiens, en particulier, s'intéressent à cette langue, mais ils ne la connaissent, semble-t-il, que superficiellement ; et si l'Italie du Sud reste le sanctuaire du grec en Occident, c'est à des Irlandais, comme Martin Scot ou Jean Scot Érigène, que sont dus les premiers manuels ou traductions en latin réalisées au cours de la deuxième moitié du IXe siècle.
 

Les lectures sacrées et réécritures hagiographiques

On réapprend à lire la Bible et les grands théologiens des premiers siècles, et à y trouver matière pour de nouvelles œuvres : dans son prologue à l'Expositio in Mattheum (Commentaire sur saint Matthieu), Paschase Radbert chante les louanges de ses inspirateurs, Jérôme, Ambroise, Augustin, Grégoire… Hincmar utilise, pour sa propre polémique contre Gottschalk d'Orbais, le traité de saint Hilaire de Poitiers sur la Trinité. Les théologiens sont nombreux et publient des œuvres de toutes sortes qu'ils dédicacent souvent au souverain.
 



D'autre part, et alors que la place du culte des saints et des reliques grandit dans la vie politique et religieuse, le souci constant de modernisation des textes et de correction de la langue provoque la réécriture de plusieurs translations de saints mérovingiens. Elles sont confiées à des écrivains connus, comme Alcuin pour les vies de saint Riquier ou de saint Martin.
 
Sur le plan de l'hagiographie, le cas de saint Denis est exemplaire. Une première Vie du saint, rédigée à la fin du Ve siècle, rapportait le sacre du premier évêque de Paris à Rome et son martyre. La dynastie carolingienne va s'emparer de cette figure de l'hagiographie mérovingienne qu'elle identifie avec Denys Aréopagite : vers 758, le pape Paul Ier envoie à Pépin le Bref plusieurs livres en grec, où figurent des œuvres "Dionysii Areopagitis", évêque d'Athènes converti par saint Paul au Ier siècle. Mais faute de compétences, ces textes ne sont pas traduits en latin. L'histoire reprend en 827, quand Louis le Pieux reçoit de l'empereur byzantin Michel le Bègue des traités mystiques attribués au même Denys Aréopagite. Ce cadeau témoigne sans doute de la confusion qui règne déjà à cette époque dans l'entourage impérial entre le martyr gaulois et l'évêque athénien. Louis le Pieux confie alors le manuscrit à l'abbé de Saint-Denis Hilduin et ordonne à ce dernier de le faire traduire, et de composer une nouvelle version de la Passio sancti Dionysii (Passion de saint Denis), où Hilduin identifie le saint martyr avec Denys Aréopagite. Le travail est réalisé avec l'aide d'interprètes grecs, et l'abbé l'envoie à son commanditaire vers 835. En 858 enfin, Charles le Chauve commande à Jean Scot Érigène une nouvelle traduction des œuvres de Denys Aréopagite, qui témoigne de l'intérêt constant des souverains carolingiens pour le saint, pilier de la monarchie franque.
 

Les bibliothèques impériales

À côté des livres d'apparat gardés dans le trésor, les empereurs possèdent leur propre bibliothèque, qui contient les textes qu'ils achètent ou font copier, ceux qu'on leur offre ou que les lettrés qu'ils encouragent à écrire leur dédient. Éginhard rapporte ainsi que l'empereur Charlemagne s'intéresse à la théologie, à l'histoire et aux sciences, mais aussi au droit, à la littérature et en particulier à la poésie.
 
Des mentions dans des lettres ou des annales, des dédicaces transmises par des copies, permettent de reconstituer une partie de la bibliothèque de Charlemagne. On peut citer à titre d'exemple l'exemplaire "autographe" de la règle de saint Benoît, arrivée du Mont-Cassin en 787 ; la traduction latine du concile de Nicée envoyée de Rome en 787 ; une Mensuratio orbis terrae, description du monde composée en 435 ; des œuvres d'Alcuin ; et enfin une série d'auteurs classiques latins. Il semble que la copie de livres d'étude ait eu sa place à côté de celle des manuscrits liturgiques, et le nom de quelques copistes nous est parvenu dans des dédicaces ; mais il est difficile d'en préciser le rôle. Certains indices laissent à penser que les scribes rédigeant les actes à la chancellerie transcrivaient aussi des textes pour la bibliothèque.
Louis le Pieux n'a pas les mêmes goûts que son père, et préfère les auteurs ecclésiastiques aux textes profanes qui ont servi à son éducation. Avant même de devenir empereur, il reçoit d'Angilbert de Saint-Riquier un exemplaire dédicacé de saint Augustin. Certains poèmes de Théodulfe lui sont aussi destinés. Raban Maur lui dédie les calligrammes du De Laudibus sanctae crucis (De la louange de la Sainte Croix), et envoie à l'impératrice Judith son commentaire sur les livres de Judith et d'Esther.
 

Le Palais comporte un atelier spécialisé dans la copie de textes classiques, illustrés de cycles iconographiques directement inspirés de modèles antiques. Le bibliothécaire de Louis le Pieux, à l'époque où il n'est encore que roi d'Aquitaine, est le futur archevêque de Reims Ebbon, puis Gerwald, moine de Lorsch. Arrivé au Palais vers 814, ce dernier a en charge les nouveaux livres, mais aussi ceux qui viennent de Charlemagne. En effet, le testament cité par Éginhard indiquait bien que la bibliothèque devait être vendue au bénéfice des pauvres, comme les livres de la chapelle, mais plusieurs volumes sont encore à Aix-la-Chapelle sous Louis le Pieux : ainsi l'Irlandais Dicuil, sans doute maître à l'école du palais à partir de 814, peut consulter la Mensuratio orbis terrae pour son œuvre majeure, un manuel de géographie intitulé Liber de mensura orbis terrae (Livre sur la mesure de la terre), qui est terminé en 825.
Élevé par sa mère l'impératrice Judith, et par Walafrid Strabon, son précepteur, Charles le Chauve reçoit une éducation classique soignée, axée sur la grammaire, la Bible, l'histoire.
 
Charles le Chauve est donc cultivé, mais ses intérêts sont plus limités que ceux de son grand-père. Cependant il aime l'histoire et la géographie, l'hagiographie et les sciences, comme tous les souverains carolingiens, et il participe aux grands débats théologiques de son temps. Une cinquantaine d'ouvrages lui sont dédicacés. Parmi ceux qui cherchent à obtenir ainsi influence ou faveurs, figurent les grands noms de la littérature contemporaine, Gottschalk d'Orbais, Loup de Ferrières, Ratramne de Corbie, Jean Scot Erigène, Hincmar de Reims, Heiric d'Auxerre. Charles le Chauve passe aussi des commandes. On ne sait pas si sa bibliothèque contient des livres venant de son père ou de son grand-père, mais elle est riche en cadeaux venant des plus grands scriptoria. Le De Arithmetica (De l'arithmétique) de Boèce, réalisé vers 845 et proche de la Bible de Vivien, vient de Tours. La copie de la collection de capitulaires de Charlemagne et de Louis le Pieux, et présentée à Charles par Hincmar de Reims, est peut-être rémoise. Enfin, on attribue à l'école du Palais une compilation très soignée d'œuvres mineures de saint Augustin, et de textes traitant de la querelle des images. Enfin, le testament du beau-frère de Charles le Chauve, Éberard de Frioul, donne une liste de cinquante-trois manuscrits légués en 867 à ses enfants : les ouvrages liturgiques d'abord, mais aussi les œuvres des Pères de l'Église ou des carolingiens Alcuin et Smaragde. Les recueils juridiques permettent de compléter en partie l'image, inévitablement tronquée, de la bibliothèque impériale.

Le développement des sciences

 
Dans le cadre du quadrivium, le renouvellement des études concerne aussi les disciplines scientifiques. D'après le témoignage d'Éginhard et la correspondance échangée avec Alcuin, Charlemagne s'intéresse beaucoup à l'astronomie, goût partagé avec son entourage et ses successeurs, si l'on en juge d'après la compilation de textes de comput (le calcul des dates de fêtes mobiles dans le calendrier chrétien) et d'astronomie tirés des œuvres de Pline, Hygin, Bède ou Isidore dont nous restent quelques exemplaires.
Pour ce qui est de la musique, les chantres apportent une nouvelle impulsion à la pratique en introduisant le chant romain dans les églises, comme l'explique l'archevêque de Lyon Leidrat. Et la théorie fait l'objet de nouveaux traités, comme la Musica disciplina (La discipline musicale) d'Aurélien de Réomé composée vers 850, et surtout le livre XVIII de l'encyclopédie De rerum naturis (De la Nature des choses) de Raban Maur, consacré aux disciplines scientifiques.
 
Mais l'un des grands progrès du monde carolingien est l'entrée de la médecine dans le domaine des sciences, avec la copie des textes diffusant l'héritage antique. La connaissance des plantes est appréciée dans l'entourage des empereurs carolingiens, pour ses apports à la pharmacopée et aussi à l'agriculture, et certaines sont citées dans le capitulaire de Charlemagne De villis (Sur les domaines). C'est à cette époque que naît la médecine conventuelle, qui prend son essor pendant toute la période romane. Il existe des praticiens à la cour impériale et dans les monastères, et des intellectuels non-spécialistes s'intéressent à cette discipline, comme Alcuin et Raban Maur, Walafrid Strabon ou Loup de Ferrières. Le nord de l'Italie, Reims, Laon, Corbie et Saint-Amand, la Rhénanie, sont des centres d'étude vivants dès le IXe siècle.
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