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l'aventure du livre

Le mécénat princier


Les princes mécènes et écrivains

C'est Charles V (1364-1380), fondateur de la librairie du Louvre, qui exerça l'action la plus concertée et la plus durable en faveur des lettres françaises. Ce souverain sut s'entourer d'esprits éminents, tels Nicole Oresme, Raoul de Presles et tant d'autres, qu'il employa à mettre en français de grands textes philosophiques, théologiques, historiques, politiques et scientifiques, dont il considérait la traduction comme une nécessité d'intérêt public. Avec Charles V, la monarchie prend conscience de ses responsabilités dans le domaine intellectuel et littéraire, et du bénéfice moral et politique qu'elle peut retirer de l'exercice de cette mission.
Excepté Charles VI, sombré très tôt dans la folie, l'exemple de Charles V fut suivi par ses frères, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et Jean, duc de Berry, son second fils Louis de Touraine, plus tard duc d'Orléans et son beau-frère Louis Il de Bourbon. Au XVe siècle, le prestige de l'écrit est tel que les princes ne se contentent plus de collectionner les manuscrits et d'encourager les auteurs ou traducteurs en distribuant pensions et récompenses. Certains manient la plume à leur tour, comme Charles d'Orléans, le duc poète, organisateur à la cour de Blois de tournois poétiques auxquels participe Villon, ou comme René d'Anjou, le "bon roi René", prince, mécène et écrivain.

Les scènes de dédicace

Parallèlement, le monde des lettres recherche la protection des grands, garantie de notoriété et source de revenus appréciables. Certains entretiennent habilement l'émulation des mécènes. Cette intervention de plus en plus marquée du pouvoir dans la création littéraire est soulignée de façon variée dans les miniatures. L'auteur est représenté tantôt seul dans l'attitude de l'écrivain, la plume à la main, tantôt, et c'est la solution la plus fréquemment adoptée, remettant son œuvre à son commanditaire dans la traditionnelle scène de dédicace qui a donné lieu à de nombreuses variantes.
 

Cette remise officielle du livre à un haut personnage prend parfois la forme d'une cérémonie presque liturgique, comme la dédicace de la traduction de la Cité de Dieu par Raoul de Presles à Charles V. Elle peut prendre un caractère plus familier, comme dans la miniature montrant le carme Jean Golein reçu par le même Charles V dans un cadre familial, en présence de la reine et de leurs enfants ou dans la scène montrant Pierre Le Baud en train de remettre ses Chroniques de Bretagne à Jean de Derval.

La valorisation du rôle actif du mécène

Le rôle du commanditaire est tel qu'il est parfois représenté seul, ; en tête du manuscrit, ainsi Charles V au début de son exemplaire de la traduction française du Policratique de Jean de Salisbury : assis devant une "roue" chargée de livres, le souverain médite une citation biblique. Une main céleste le bénit. La miniature montre bien à quel point le souverain s'implique dans son rôle de mécène.
 
La double scène illustrant un exemplaire royal de la traduction du Speculum historiale (ou Miroir historial) du savant dominicain Vincent de Beauvais est également significative. À gauche, c'est Saint Louis en personne qui donne l'ordre à Vincent de Beauvais de rédiger son œuvre encyclopédique, à droite la reine Jeanne de Bourgogne, petite-fille de Saint Louis et femme de Philippe VI, rend visite à Jean de Vignay et l'encourage à achever la traduction qu'elle lui a commandée. Dans les deux volets de la peinture du Speculum, les figures royales sont mises en valeur dans un rôle actif et ne se contentent pas de recevoir passivement le livre comme dans les classiques scènes de dédicace. La juxtaposition des deux scènes souligne par ailleurs de façon saisissante la continuité de l'action monarchique dans la création et la diffusion d'une œuvre.

Les insignes héraldiques

La personnalisation des exemplaires royaux et princiers est encore accentuée par un déploiement sans précédent, au XVe siècle, d'insignes héraldiques évoquant leur illustre destinataire. Encore discret dans les manuscrits de Charles V, ce phénomène connaît alors un grand développement, tout particulièrement à la cour de Bourgogne. Louis XI a quelquefois recours à ce dispositif héraldique, lorsqu'il lui paraît susceptible de renforcer l'autorité de la Couronne. Ses successeurs, Charles VIII et Louis XII, en feront un usage plus systématique, de même que certains grands seigneurs locaux, tel le Breton Jean de Derval. Ces compositions héraldiques sont parfois traitées pour elles-mêmes, en pleine page, et les artistes en tirent souvent des effets décoratifs
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