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l'aventure du livre

l'art roman résonne dans les livres

par Marie-Hélène Tesnière

La période romane (XIe –XIIe siècles) 

Aux XIe et XIIe siècles, on assiste à un éparpillement du pouvoir temporel en petites principautés territoriales indépendantes, comme le duché de Bourgogne ou d’Aquitaine, tandis que  le roi de France n’est possessionné qu’en Île-de-France. Cet éparpillement va de pair avec le développement des grands ordres monastiques qui s’organisent en "réseaux"  représentant une véritable force politique : Cluny (910),  Les Chartreux (1084)  ou Citeaux (1098).
Dans le même temps, selon la jolie description de Raoul Glaber : "les églises sont reconstruites, plus somptueuses les unes que les autres […] le monde entier se secoue, abandonne sa vétusté et se couvre d’un blanc manteau d’églises".
C’est le plein épanouissement de l’art roman, remarquable par ses hautes nefs à tribune, ses voûtes en berceau, et ses chapelles à absides rayonnantes.
L’art roman résonne dans les livres ; ceux-ci "voyagent" au sein des réseaux religieux et sur les routes de pèlerinage, comme les chemins de Saint-Jacques jusqu’à Compostelle. 
 

Le rayonnement de Cluny

Un des plus remarquables monuments de l’art roman est l’église de Cluny, reconstruite entre 1090 et 1120 sous l’abbatiat d’Hugues de Saint-Hugues : une église grandiose s’élevant à 30 mètres de haut, qui s’effondre en 1125.
Regroupant les bénédictins ayant adopté la règle révisée par Benoît d’Aniane et dépendant directement du Saint-Siège, l’ordre clunisien est alors très puissant et compte près de 1200 maisons en Europe.
Le moine clunisien ou moine noir est un moine de chœur : l’essentiel de son temps est consacré à la louange de Dieu, aux offices et aux lectures spirituelles. Mais les moines disposent de livres. Chaque nouvelle abbaye ou prieuré est doté en livres par l’abbaye mère car, comme on le dit alors, "Un monastère sans bibliothèque est comme un camp militaire sans réserve de munitions".
 

L'organisation des connaissances par Hugues de Saint-Victor

Le XIIe siècle marque un tournant dans l’accès au savoir : tandis que les écoles monastiques déclinent, le réseau des écoles cathédrales et canoniales s’étoffe. A côté de Laon, Reims et Chartres, le développement des écoles parisiennes est spectaculaire. A Paris, on enseigne vers 1100 les arts libéraux et l’Ecriture à l’Ecole Cathédrale, installée dans le cloître Notre-Dame.
Vers le milieu du XIIe siècle, cette école a pour rivale l’école de l’abbaye Saint-Victor, rendue célèbre par l’éminente personnalité d’Hugues de Saint-Victor (1096-1141). Celui-ci met en particulier en œuvre une réflexion nouvelle sur l’ordonnancement du savoir. Il est l’auteur d’un Didascalicon (vers 1130) ou art de lire, qui propose une initiation aux arts libéraux (Trivium : grammaire, dialectique, rhétorique ; Quadrivium : arithmétique, musique, géométrie, astronomie) permettant à l’élève d’entreprendre ensuite dans de meilleurs conditions intellectuelles l’étude de l’Ecriture sainte.
L’enseignement débute par la Logique, pour apprendre à parler, puis vient l’Ethique, ou étude de la vertu qui purifie le cœur et ensuite la Philosophie théorique, qui est recherche de la Vérité.
La pratique des arts et des métiers (ou Arts mécaniques) n’est pas négligée, mais elle ne sert à rien si elle ne s’appuie pas sur la prière
Dans la seconde moitié du XIIe siècle, les écoles s’émancipent de la tutelle des abbayes et des cathédrales et les enseignants s’associent au sein d'universités dont les statuts sont définis en 1215. Dans le même temps, l’administration royale s’installe définitivement à Paris, devenue la capitale politique. Des ateliers laïques de production de livres se développent dans le quartier Saint-Séverin, la rue Saint-Jacques et devant le parvis Notre-Dame. Tenus par des libraires, ces ateliers sont placés sous le contrôle de l’Université qui valide les textes à copier.



Diversité des manuscrits en Europe

Il est souvent difficile de dater et localiser les manuscrits médiévaux. A la différence des livres imprimés, ils ne présentent pas de page de titre portant le lieu et la date d’impression.
Il faut par ailleurs garder en mémoire la variété des manuscrits, en Europe même, Angleterre, Flandre, Allemagne, Italie du Nord ou du Sud. Les manuscrits ont en effet, selon les pays une mise en page, un style décoratif et une écriture variés.

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