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l'aventure du livre

Du gothique international au début de l'imprimerie

par Marie-Hélène Tesnière
Les quarante premières années du XVe siècle sont extrêmement riches pour l’histoire du manuscrit français. Malgré une situation politique tendue sur le plan intérieur et extérieur (folie du roi Charles VI,  lutte d’influences entre les oncles du roi au Conseil ; querelle des Armagnacs et Bourguignons ; conflit avec l’Angleterre), Paris reste jusque vers 1420, voire un peu au-delà, la capitale renommée du livre et de l’enluminure. Dans le domaine littéraire, on assiste à la naissance d’un humanisme latin imitant l’Italie, à la première querelle littéraire de la littérature française autour du Roman de la rose, ainsi qu'au développement des déplorations sur les malheurs de la France comme celle d'Alain Chartier.
 

Princes Bibliophiles

Bibliophiles et mécènes, les princes des fleurs de lys jouent, par leurs commandes ou leur soutien moral, un rôle de premier plan dans la production de manuscrits enluminés. Ce sont Jean, duc de Berry, Philippe le Hardi, puis son fils, Jean Sans Peur, ducs de Bourgogne, et enfin le frère du roi Louis d’Orléans.
 
Jean de Berry est certainement le mécène le plus célèbre du Moyen Âge. Tout le monde a en mémoire le manuscrit des Très Riches Heures conservées au musée Condé de Chantilly. La bibliothèque de Jean de Berry comptait au moins 300 volumes, dispersés dans ses différentes résidences : à Paris (Hôtel de Nesle), à Bourges et à Mehun-sur-Yèvre. Il employait à son service des artistes d’origine flamande, tels Jacquemart de Hesdin ou les Limbourg, qui transformèrent radicalement la connaissance de la perspective et la palette des artistes français.
On admirera l’élégance de la mise en page. Le texte écrit en lettre bâtarde. Chaque vers débute par une grande initiale ; chaque strophe est introduite par une lettre filigranée ; les lettres ornées délimitent des ensembles de strophes faisant sens. Sur la page frontispice, la première miniature se prolonge en marge par une baguette décorée de viornes, sorte de feuilles de lierre.
Combinant les motifs de la poésie courtoise, des combats des vices et des vertus, du savoir encyclopédique de Martianus Capella, le roman est une quête de l’amour symbolisé par la rose, emblème de la féminité.


Christine de Pizan, première femme de lettres

Une des personnalités marquantes de cette époque est Christine de Pizan. Fille de l’astrologue de Charles V, Thomas de Pizan, elle est très tôt veuve et amenée à « mener sa barque » toute seule. Pour la première fois, une femme vit de sa plume, offrant ses œuvres à des protecteurs,  le duc d’Orléans ou le duc de Berry. Pour eux, elle suit en détail la copie de ses manuscrits et de leur illustration.

Les Cours en region : Tours, Blois, Angers

On évoquera la seconde moitié du XVe siècle à travers les différentes cours régionales où se concentrent la production littéraire et l’illustration des manuscrits : Blois autour du prince-poète Charles d’Orléans ; Tours et l’entourage de princes et  grands officiers de Charles VII et Louis XI ; Angers et la cour de  René d’Anjou.
Fils de Louis d’Orléans assassiné en 1407, envoyé en Angleterre après la défaite d’Azincourt en 1415, Charles d’Orléans y reste  prisonnier jusque  vers 1440. C’est un lettré dont la bibliothèque assez austère compte près de 190 manuscrits. Revenu en France vers 1440, il développe une poésie de la Mélancolie, du « Nonchaloir », du spleen avant la lettre en quelque sorte. Faussement réaliste, cette poésie évoque le passé, la douleur de la vie, la grandeur inutile de sa condition d’aristocrate lettré.
Si les principaux organes institutionnels sont restés à Paris, la vie aristocratique et lettrée se concentre à Tours, à la Cour du roi Charles VII. Le roi est alors entouré d’une cohorte de hauts fonctionnaires (chancelier, notaires et secrétaires du roi) qui commandent de fastueux manuscrits. L’enlumineur le plus fameux de cette période est Fouquet. Il n’est pas seulement enlumineur de manuscrits, il est également peintre. Il porte en effet à partir de 1471 le titre officiel de « peintre du roi ». On connaît son nom – ce qui est extrêmement rare au Moyen Âge – grâce  à un autoportrait sur émail conservé au Louvre et à une mention portée par un possesseur de la fin du XVe siècle à la fin du manuscrit des Antiquités Judaïques (Français 247). On sait peu de chose de sa vie. Né en 1420, et mort en 1480 sans doute ; il fait en 1445 le voyage d’Italie, d’où il rapporte son extraordinaire connaissance de la perspective et son goût pour les monuments antiques que l’on retrouve dans toute son œuvre. Il aime les grandes compositions historiques et est un merveilleux portraitiste.


 

Conclusion

Bien après la naissance de l’imprimerie, on continue à produire des manuscrits, et ce assez largement jusque vers les années 1530. Les premiers imprimés ressemblent d’ailleurs à s’y méprendre aux manuscrits. Ironie du sort, la plus belle représentation d’un atelier d’imprimerie se trouve dans un manuscrit : Un recueil de poésies en l’honneur de la Vierge appelé le Puy de Rouen, vers 1530 : le manuscrit Français 1537.
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