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l'aventure du livre

Le livre des Lumières entre classicisme et modernité

par Michèle Sacquin

Évolution du livre

S’il a pu être appelé le siècle des beaux livres, le XVIIIe siècle ne s’illustre cependant pas grâce à des innovations techniques de grande envergure. Le décollage se fera au siècle suivant : l’invention de la lithographie date de 1796, celle du papier continu de 1798, la première presse métallique est mise au point par Charles Stanhope en 1800.
Le papier est toujours fabriqué artisanalement à partir de chiffons. Certes, les Hollandais ont mis au point à la fin du XVIIe siècle des cuves à cylindre, pour remplacer les piles à maillet, qui réduisent le temps de trituration et les pertes de chiffon, tout en étant plus résistantes, mais les papetiers français ne sont autorisés à les utiliser qu’en 1763 et elles ne s’imposeront qu’au début du XIXe siècle. Entre-temps, pourtant, la production papetière progresse à la fois en quantité et en qualité : le papier du XVIIIe siècle, en France en particulier, représente même un apogée qualitatif.

Le siècle de l'opulence

À l’inverse du siècle précédent, caractérisé dans l’ensemble par son austérité, le XVIIIe siècle est le siècle de l’opulence et du raffinement, tant pour des raisons économiques qu’à cause de l’évolution des mentalités et des mœurs. Aux productions de prestige de l’Imprimerie royale s’ajoutent celles qui sont suscitées par des sociétés de commanditaires et soutenues par le mécénat privé, tout particulièrement dans la seconde moitié du siècle.
Quelques améliorations techniques servent l’édition de luxe. L’invention de John Baskerville, de Birmingham, d’une toile en métal fin, de laiton ou d’argent, permet de fabriquer un papier dit "vélin" sans empreinte et plus doux. Il est utilisé en France à la fin du siècle.
De nouveaux caractères sont mis au point : aux Romains du Roi et aux Garamond s’ajoutent le Baskerville, qui sera racheté par Beaumarchais pour l’édition de Kehl des œuvres de Voltaire, le Bodoni, créé à Parme vers 1787 mais qui ne sera utilisé que plus tard et surtout le Didot, vers 1780, qui connaîtra son apogée sous le Consulat et l’Empire.
Parallèlement, l’organisation de l’espace typographique du livre se transforme dans le sens de plus d’élégance et de clarté. Une page de "faux titre" précède désormais la page de titre. La mise en page est plus aérée grâce à la multiplication des paragraphes : c’est le "triomphe définitif des blancs sur les noirs" selon l'historien Henri-Jean Martin. La lecture rapide s’en trouve facilitée et surtout le livre se regarde avant de se lire, d’autant que les ornements et les illustrations se multiplient.
 

La part de l'image

Dans le domaine de l’image, les innovations sont rares. À peine peut-on citer la trichromie, inventée vers 1715 et perfectionnée en quadrichromie en 1739 par Jacques-Fabien Gautier d’Agoty père. Mais cette technique nouvelle ne réussira jamais à détrôner la gravure coloriée, ce qui aurait pourtant permis d’abaisser les coûts.
Mis à part les productions de la littérature de colportage et les affiches, la gravure sur bois est remplacée définitivement par la gravure sur cuivre : taille-douce avec le burin et, surtout, l'eau-forte, ce qui a pour effet d’augmenter les coûts de production puisqu’il faut utiliser deux presses et que les planches s’usent plus vite que les bois.
L’image se dissocie de plus en plus du texte. On fait désormais appel à des dessinateurs connus et à des graveurs spécialisés.

Le XVIIIe siècle consacre le triomphe des illustrateurs qui se distinguent définitivement des graveurs. Des hommes comme Charles-Dominique-Joseph Eisen, Charles-Nicolas Cochin fils, Clément-Pierre Marillier, Jean-Michel Moreau le Jeune ou Hubert-François Gravelot sont des artistes à part entière qui fréquentent les milieux les plus huppés tandis que le peintre François Boucher, protégé par Madame de Pompadour, collabore en 1734 à l’édition en 6 volumes in-4° de Molière, voulue par Chauvelin, alors directeur de la Librairie du royaume, pour contrer la librairie hollandaise.

La reliure en majesté

L’art de la reliure, mis au service d'une certaine austérité, retrouve tout son lustre. Il est favorisé par la multiplication des collectionneurs fortunés et l’essor de la bibliophilie. Les premières ventes aux enchères apparaissent à la fin du XVIIe siècle et se multiplient en France dans la seconde moitié du siècle suivant.
Les beaux livres sont généralement reliés en maroquin et ornés de décors à la dentelle ou mosaïqués. Il peut s’agir aussi bien d’exemplaires anciens que d’éditions contemporaines de luxe.
Dans le même temps, on assiste à la multiplication des petits formats, in-8°, in-12 et même in-18 et in-24, sur le modèle des elzévirs du XVIIe siècle, pour éditer poèmes et petits romans. Ces « livres de poche » avant la lettre ont la faveur de l’édition clandestine. Ils signalent surtout une évolution des comportements de lecture qui témoignent d’un individualisme grandissant : le livre sort des bibliothèques et des cabinets de lecture. Il y a désormais une posture rousseauiste du "promeneur solitaire", un livre à la main. Le siècle des Lumières est aussi celui des voyageurs qui ne partent plus sans emporter récits et guides dont le succès est immense.

 

 

Les imprimés éphémères

Vers 1720, environ 1 000 titres paraissent chaque année en France. À la veille de la Révolution leur nombre s’élève à 3 500. Le tirage moyen s’établit entre 1 000 et 2 000 exemplaires tandis que les trente-six volumes de l’Encyclopédie sont tirés à 8 000 exemplaires.
Cependant, ces chiffres ne tiennent pas compte des éditions clandestines et des contrefaçons.
L’imprimé éphémère se développe : bulletins, libelles, affiches, placards et, bien sûr, gazettes.
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