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l'aventure du livre

Le livre des Lumières entre classicisme et modernité

par Michèle Sacquin

Nouveaux genres

Dans L’An 2440, uchronie qui paraît en 1771, Louis-Sébastien Mercier décrit la Bibliothèque du Roi de l’avenir. Ont disparu des rayons, à la suite d’une épuration volontaire : théologie, jurisprudence, rhétorique et histoire (il n’y a pas d’histoire en utopie). La littérature anglaise et les philosophes sont à l'honneur, suivant les choix de l’auteur qui préfère Rousseau à Voltaire et Fénelon à Bossuet. Ces choix subjectifs reflètent assez bien les goûts des Lumières finissantes : Télémaque a connu 73 éditions entre 1699 et 1789, La Nouvelle Héloïse presque autant en 40 ans. L’essor du roman caractérise le siècle et l’influence anglaise est décisive tant sur le plan philosophique que scientifique ou littéraire : la mention « traduit de l’anglais » fait vendre.
Cependant, les Lumières ne sont pas tout le XVIIIe siècle : si la théologie accuse un net déclin, la production de livres de dévotion destinés à un large public demeure abondante. Et le succès de la Bibliothèque bleue, qui accorde une large part aux vies de saints, se maintient. Néanmoins, il est indéniable que de profondes transformations se dessinent.

Les dictionnaires

C’est d’abord le succès des dictionnaires généralistes ou spécialisés. Amorcé dans les premières décennies, le mouvement s’amplifie au milieu du siècle. Au point que paraît en 1758 une Table alphabétique des dictionnaires. On réédite les dictionnaires du XVIIe siècle : Furetière et Bayle – publiés en Hollande car interdits – ainsi que Moreri. Rappelons que tous les dictionnaires ne sont pas d’inspiration philosophique : le Dictionnaire universel dit de Trévoux qui connaît neuf éditions entre 1704 et 1771 est l’œuvre des Jésuites.
Le dictionnaire emblématique des Lumières est évidemment l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert à laquelle succèdent le Dictionnaire portatif de Voltaire, dont le titre est assez explicite, puis l’Encyclopédie méthodique de Charles-Joseph Panckoucke qui paraît de 1782 à 1832 en 157 volumes avec 53 volumes de planches.
L’Encyclopédie avec ses planches et plus encore la Méthodique de Panckoucke, où  les savants l’emportent sur les philosophes, participent de l’essor du livre scientifique qui est l’autre grand phénomène du siècle.
 

La littérature d’évasion : romans et voyages

La littérature romanesque continue sur la lancée d’un succès amorcé au siècle précédent et renouvelé par la mode du roman anglais. Le best-seller francophone qu’est La Nouvelle Héloïse (1761) est directement inspiré des romans épistolaires sentimentaux de Samuel Richardson. Les femmes sont de grandes lectrices et commencent elles-mêmes à prendre la plume, en Angleterre d’abord où Fanny Burney annonce Jane Austen, puis en France (Madame de Graffigny, Madame Riccoboni, Madame d’Épinay…).
La littérature de voyage constitue un autre genre conquérant au XVIIIe siècle : 3 540 titres recensés contre 1 566 au XVIIe siècle et 456 au XVIe siècle : voyages lointains toujours mais aussi et de plus en plus voyages européens (53 % du total contre 35 % au XVIIe siècle).
Les "collections" se multiplient dont la plus ambitieuse est L’Histoire générale des voyages confiée par le chancelier d’Aguesseau à l’abbé Prévost, 16 tomes in-4° entre 1746 et 1761.
Dans les ventes, par exemple celle du duc de La Vallière en 1783, les livres de voyage atteignent des prix élevés.
Aux voyages réels s’ajoutent les voyages imaginaires et les utopies. La collection des Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, qui paraît entre 1789 et 1799 à Amsterdam et Paris, comprend 36 tomes allant de Robinson Crusoe de Defoe au Diable amoureux de Cazotte en passant par Micromegas de Voltaire et Gulliver de Swift.
La littérature érotique connaît elle aussi un essor important. On réédite les "classiques", cependant que les titres nouveaux se caractérisent par la personnalité de leurs auteurs et par le mélange revendiqué de l’érotisme et de la philosophie comme dans Margot la Ravaudeuse de Fougeret de Montbron ou dans Thérèse philosophe du marquis d’Argens.
Diderot écrit Les Bijoux indiscrets, Voltaire La Pucelle, Montesquieu Le Temple de Gnide et Sade La Philosophie dans le boudoir.
L’Erotika biblion de Mirabeau se trouve dans la bibliothèque de Louis XVI.
 

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