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l'aventure du livre

Le livre des Lumières entre classicisme et modernité

par Michèle Sacquin

La presse

Le développement de la presse, née au siècle précédent, participe du mouvement des Lumières même si les philosophes l’ont souvent négligée voire méprisée. Elle contribue en effet à la diffusion des connaissances qui caractérise le siècle. À la veille de la Révolution, de nombreuses gravures montrent la lecture des gazettes à haute voix dans les cafés ou les jardins publics.
Si la presse française est étroitement contrôlée par le pouvoir, l’émigration huguenote permet l’essor aux Pays-Bas, puis à Londres, d’une presse à peu près libre qui informe toute l’Europe (gazettes d’Amsterdam, de Leyde ou d’Utrecht, Courrier de l’Europe à Londres, très influent à la fin de l’Ancien Régime).
En même temps se développent les "bibliothèques savantes" publiées par les protestants du Refuge. La plus connue est celle de Pierre Bayle, les Nouvelles de la République des Lettres (1684-1718). Elles dominent la vie intellectuelle en Europe jusqu’en 1750.
En France, les périodiques se développent à la fin du XVIIe siècle autour de la querelle des Anciens et des Modernes puis, au début du siècle suivant, autour de la controverse janséniste.
Les Nouvelles ecclésiastiques, jansénistes et modèle de journal clandestin, atteignent de 1728 à 1803 un vaste public grâce à un réseau de distribution soigneusement organisé.
Dans les années 1720-1740, une presse d’auteurs, parmi lesquels Marivaux ou l’abbé Prévost, apparaît : ce sont les "Spectateurs" ou "Observateurs" inspirés d’Addison et Steele. Il s’agit de petits journaux désinvoltes présentés par un narrateur fictif. Leurs auteurs sont souvent victimes de la censure et exilés ou emprisonnés.
Dans la seconde moitié du siècle, les titres spécialisés se multiplient : Journal économique, Journal de médecine, Année littéraire (1754-1790) et même Journal des dames (1759-1777).

Abonnements et collections

Le système des abonnements se développe : le Mercure de France a 10 000 abonnés vers 1778. Racheté par Panckoucke en 1779, il paraît chaque semaine avec 15 000 abonnés en 1789.
Les périodiques les plus appréciés sont réédités en collections.

La frontière entre périodique et collection est ténue : La Bibliothèque universelle des romans (1775-1789) est une série périodique qui donne par abonnement des résumés d’œuvres. Les modes d’exploitation du périodique (souscription ou abonnement impliquant une gestion de fichiers et une étude de marché) servent au commerce du livre.
Panckoucke saura très bien "surfer" sur cette nouvelle vague. En regroupant plusieurs journaux sous un même titre, il annonce les grands entrepreneurs du siècle suivant.
Par ailleurs le journalisme devient un métier contribuant à l’indépendance – relative – d’auteurs comme Fréron, La Harpe, Linguet ou Pierre Rousseau.

La presse à scandale

Enfin, à la veille de la Révolution, surgit une presse scandaleuse, qui est un peu l'ancêtre de nos tabloïds. L’exemple le plus célèbre est le Gazetier cuirassé de Théveneau de Morande, publié à partir de 1771, et dont le frontispice indique qu’il est "imprimé à cent lieues de la Bastille, à l’enseigne de la Liberté".
De 200 titres de périodiques à la fin du XVIIe siècle, on passe à 1 050 un siècle plus tard. Ils sont de plus en plus durables et la Gazette affiche un tirage de 12 000 exemplaires.
Cet essor de la presse témoigne de l’apparition d’une « opinion publique » et d’un « espace public » tel que l’a défini Jürgen Habermas. Public ne signifie pas populaire, bien au contraire. Les Lumières françaises ont du peuple une vision généralement négative.
 

Journal de Paris

Le Journal de Paris. Le premier quotidien français est lancé le 1er janvier 1777. De format in-4°, il comporte quatre pages par numéro. Il est lancé par une société de commanditaires et Condorcet figure parmi ses rédacteurs réguliers. Sa maquette nous paraît très moderne avec des rubriques bien séparées qui permettent une lecture rapide. En tête, figurent des informations pratiques (météo, bourse, tirage de la loterie, spectacles). Il est destiné à la bourgeoisie laborieuse parisienne et la rubrique nécrologique mêle nobles, bourgeois, marchands et artisans.
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