fermer
l'aventure du livre

Le livre des Lumières entre classicisme et modernité

par Michèle Sacquin

Le livre manuscrit

 
Le manuscrit continue de servir à la circulation des textes, parallèlement à l’imprimé, pour des raisons de coût et de censure. La main-d’œuvre, moins spécialisée, est moins onéreuse, le matériel – une table, une plume, un encrier et des feuilles – est plus facile à installer et à dissimuler qu’une presse, même portative.

Les manuscrits clandestins

Les manuscrits clandestins existent depuis le XVIe et surtout le XVIIe siècle. Ce sont d’abord des textes protestants puis jansénistes et, enfin, "philosophiques" c'est-à-dire plus ou moins déistes, panthéistes, matérialistes ou athées.
Au début du XVIIIe siècle, ils sont l’œuvre d’amateurs comme le curé Meslier alors que, dans le même temps, circulent des traités émanant des cercles philosophiques de la capitale tels les traités de Fontenelle.
Le plagiat est courant : on traduit des auteurs anglais sans les citer, on compose de nouveaux traités en recollant des extraits de textes antérieurs, on signe du nom d’un auteur connu, Bayle ou Spinoza par exemple, on truffe le manuscrit de vraies et fausses citations.
Le marquis d’Argens (auteur de Thérèse philosophe) est un spécialiste de ce genre d’exercice et Sade fera de même. D’où la difficulté des attributions.
Même lorsque le texte clandestin est imprimé, les deux systèmes de diffusion, imprimée et manuscrite, coexistent. Si le manuscrit précède en principe l’imprimé, il peut aussi lui survivre, voire lui succéder. Dans ce cas il permet la modification du texte figé par l’impression ; ces modifications peuvent être le fait de l’auteur, du copiste ou du lecteur.
Les manuscrits clandestins témoignent alors de l’évolution d’une pensée collective et peuvent donner lieu à une forme originale de génétique textuelle. On s’interroge enfin sur la diffusion de ces textes, soit qu’ils demeurent cachés par leur auteur, tel le curé Jean Meslier, ou lus à quelques intimes, prêtés, circulant d’un lieu à l’autre et éventuellement reproduits dans un but de diffusion plus large. Ils n’apparaissent évidemment pas dans les inventaires après décès mais on les retrouve chez les collectionneurs ou dans les bibliothèques. On estime qu’entre 1690 et 1760, environ 2 000 manuscrits de ce genre portant sur 250 textes circulent.
Par ailleurs, en dehors des questions de censure, le manuscrit continue de servir à la circulation des textes, parallèlement à l'imprimé, pour des raisons de coût et de censure. La main-d'œuvre, moins spécialisée, est moins onéreuse, le matériel – une table, une plume, un encrier et des feuilles – est plus facile à installer et à dissimuler qu'une presse, même portative.

Les "nouvelles à la main"

Il faut aussi évoquer les gazettes manuscrites ou "nouvelles à la main", depuis celles de la très jansénisante "paroisse Doublet", du nom de la salonnière, amie de Bachaumont chez qui elles s’écrivaient, jusqu’à la Correspondance littéraire dirigée par Grimm avec l’appui de Diderot et de Mme d’Epinay de 1753 à 1773 et poursuivie par Jacob-Henri Meister jusqu’en 1813.
Aristocratique et sélective, elle était destinée aux princes "éclairés" de l’Europe du Nord : Catherine II était abonnée depuis 1762. Plus de 3 600 textes importants y parurent, dont 600 environ sont restés inédits. C’est ainsi que Diderot, pris par L’Encyclopédie et las des persécutions, ne fait plus rien paraître après 1754, publiant ses œuvres (soit environ 60 % de l’ensemble) dans la Correspondance littéraire. "Éditée" à une quinzaine d’exemplaires seulement, la Correspondance littéraire était recopiée et diffusée plus largement.
sommaire
imprimer la pagehaut de page