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l'aventure du livre

Le livre des Lumières entre classicisme et modernité

par Michèle Sacquin

Naissance de l'écrivain

Au XVIIIe siècle, la majorité des auteurs dispose d’une fortune personnelle ou occupe une charge, d’historiographe du Roi comme Voltaire, à simple précepteur ou à bibliothécaire.
À partir de 1760 se développe une population de folliculaires raillés par Voltaire : ces "Rousseau du ruisseau" (étudiés par Robert Darnton) vivent chichement en écrivant dans les périodiques et en collaborant aux dictionnaires et collections qui se multiplient.

Le métier d’écrivain

Les auteurs sont alors de plus en plus nombreux à espérer subsister plus ou moins largement de leur travail.
Or, depuis le siècle précédent, le privilège royal, qui équivalait à un monopole d’exploitation, ne profitait qu'au seul libraire. Certes, la notion de propriété littéraire existait dès lors que l’auteur vendait son manuscrit au libraire. C’est le sens de la Lettre sur le commerce de la librairie rédigée par Diderot en 1763 pour la communauté des libraires parisiens et destinée à Antoine de Sartine, le successeur de Malesherbes à la direction de la Librairie. Ce texte revendique notamment le maintien du droit de l'auteur sur son œuvre après la cession du manuscrit.
En 1761, un édit transfère le privilège de l’édition des Fables de La Fontaine du libraire qui l’avait acheté à deux descendantes de l’écrivain.
En 1777 le Conseil du Roi restitue à la famille de Fénelon le privilège pour l’édition de ses œuvres et déclare que les continuations de privilèges ne pourront être accordées qu’avec l’accord des héritiers. Enfin, deux arrêts du Conseil du 30 août 1777, sur suggestion du roi, forment une sorte de Code de la propriété littéraire et distinguent les droits des libraires, économiques et temporaires, et ceux des auteurs qui sont "une propriété de droit".
Ainsi se trouvait rattrapé le retard sur certains pays protestants : la Hollande et en particulier l’Angleterre où en 1709 le Copyright Act avait aboli la censure préalable et le privilège perpétuel des libraires, en fondant la notion moderne de propriété littéraire.

Les manuscrits d’écrivains

On a souvent dit qu’après Gutenberg l’imprimé remplace la copie manuscrite, autographe ou non. Ne seraient donc conservés – dans le meilleur des cas – que les inédits.
Jusqu’à la seconde moitié du XVIIIe siècle, les auteurs n’ont guère le souci de sauvegarder leurs manuscrits – seuls les nobles ou les hommes d’Église les conservent parmi leurs archives. C’est le cas notamment de Brantôme, Bossuet, Fénelon, Montesquieu. Par ailleurs, beaucoup d’entre eux tels Voltaire et Montesquieu, dictent leurs œuvres à un secrétaire, de sorte que les manuscrits autographes sont rares. De fait, nous n’avons pas conservé les manuscrits de La Fontaine, de Corneille, de Racine. De Voltaire nous n’avons presque rien.

Brouillons et ratures

Depuis une trentaine d’années, une discipline nouvelle, la génétique textuelle, s’applique à reconstituer la genèse de l’œuvre littéraire à partir des notes préparatoires, des brouillons, des états successifs du texte. Paradoxalement, le premier exemple de génétique textuelle est le travail fourni par les héritiers de Pascal pour reconstituer l’œuvre qu’il préparait au moment de sa mort – une "Apologie de la religion chrétienne" que nous connaissons sous le nom des Pensées.
Or, si Pascal avait terminé et publié son travail, il aurait probablement détruit ses manuscrits. Le contexte de polémique entre jésuites et jansénistes a contribué au zèle avec lequel les hommes de Port-Royal ont voulu sauvegarder la pensée du philosophe, recopiant les fragments laissés par lui dans leur ordre original puis les collant dans de grands registres, dans un ordre qu’on supposait prévu par l’auteur.
De fait, le manuscrit littéraire n’acquiert un statut que très tardivement bien après l’écrivain lui-même. Sa "fétichisation", comme l'écrit Alain Viala, n’intervient que dans les années 1860.
C’est ainsi que Léopold Delisle ne croit pas nécessaire dans son Cabinet des manuscrits de signaler le don du manuscrit des Liaisons dangereuses par la belle-fille de Choderlos de Laclos en 1849. Aujourd’hui ce manuscrit est conservé avec les plus précieux.
Et pourtant, la spécificité du manuscrit littéraire par rapport aux collections généalogiques ou juridiques et aux écrits savants commence à se dessiner au cours du XVIIIe siècle, en même temps que se dégage la visibilité culturelle et sociale de l’écrivain.

 
Jean-Jacques Rousseau, Choderlos de Laclos et, dans une moindre mesure Diderot, ont conservé leurs autographes pour diverses raisons.
Le manuscrit du prémonitoire Mariage de Figaro, en fait une copie corrigée par Beaumarchais, préfigure symboliquement les temps nouveaux. Son auteur a été un des artisans de la reconnaissance du droit d’auteur
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