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l'aventure du livre

La naissance du livre

par Annie Berthier
Le livre est un assemblage portatif d'éléments présentant une surface plane sur lesquels un texte peut être écrit de façon durable.
vocabulaire codicologique de Denis Muzerelle
De la même manière que des foyers de naissance de l'écriture s'allument il y a plusieurs milliers d'années tour à tour en divers points de la planète, la naissance du livre s'inscrit dans divers contextes culturels, diverses civilisations qui adoptent l'usage de matières, de formes et de techniques qui leur sont propres. Chaque civilisation construit sa tradition écrite autour d'un support privilégié : argile en Mésopotamie, papyrus en Égypte, bambou en Chine...

En Inde et en Iran

Indiens et Iraniens ont assuré par transmission orale la conservation d'un corpus de textes très anciens, Vedas en Inde (dont le Rig veda composé vers 1800 à 1500 avant J.-C.) et Upanishad (à partir de 700 avant J.-C.), Avesta en Iran.
L'adoption de l'écriture en Inde ne remonte qu'au IVe siècle avant J.-C. et c'est donc tardivement que ces textes ont été mis par écrit.
En Inde et en Asie du Sud-Est, on a utilisé pendant longtemps la feuille de palmier qui  abonde dans ces régions ; cependant, le climat n'étant pas propice à une longue conservation de ce support, la copie des livres devait être souvent renouvelée.


En Chine

En Chine, l'écriture, comme partout, précède la naissance du livre. Elle naît pour consigner des oracles obtenus par ostéomancie, c'est-à-dire par l'interprétation de craquelures qu'un devin fait apparaître sur un plastron de tortue en y appliquant un tison incandescent. L'interprétation est ensuite transcrite sous forme de logogramme en colonnes sur le support.
D'autres supports furent anciennement utilisés en Chine, comme le bronze, les lamelles de bambou, la soie.
Les premiers livres chinois sont constitués de lattes de bambou ou de fiches en bois de longueurs diverses dont l'étroitesse n'autorise qu'une seule colonne de texte inscrite verticalement. Elles peuvent être reliées les unes aux autres par des cordelettes et l'ensemble, roulé sur lui-même pour le stockage. Ces documents étaient lourds et encombrants au point d'être parfois transportés sur des charrettes. La soie, en revanche, utilisée depuis la nuit des temps, permettait de copier des textes longs, les rouleaux étant légers et facilement transportables. De rares rouleaux de soie ont été conservés. Le plus ancien date de deux ou trois siècles avant J.-C. D'un coût élevé, la soie continuera à être utilisée tardivement pour des copies de luxe.
La forme du rouleau persiste toutefois dans cette région du monde pendant de longs siècles, même si les matières utilisées évoluent.
Selon la tradition chinoise, le papier est en effet inventé en Chine par Cai Lun en 105, mais, d’après les données archéologiques, il existait déjà deux siècles auparavant : la technique aurait été inventée au IIIe siècle av. J.-C. par l'observation des nids de guêpes qui fabriquent de la cellulose. Cai Lun en aurait amélioré la fabrication et développé la production. Au cours du IIIe siècle, l’usage s’en généralise dans toutes les provinces sous domination chinoise, où il remplace la soie, le bambou et les lattes de bois, utilisés depuis la haute Antiquité.
Les premiers papiers sont donc chinois. Le papier, moins onéreux que la soie et répondant aux mêmes critères, est vite adopté. Le rouleau de soie semble avoir été abandonné vers le VIe siècle, sauf pour des usages très spécialisés comme les peintures et la calligraphie.
Le secret de fabrication ne sortira de l’Empire qu’en 751, divulgué par des papetiers chinois prisonniers du gouverneur musulman de Samarkand. La tradition rapporte en effet que le secret de fabrication du papier aurait été transmis aux Arabes par des prisonniers chinois faits à la bataille de Talas en Asie centrale lors de l'expansion musulmane en 751.
Le papier se répandra alors d’Asie centrale au Moyen-Orient, pour atteindre l’Occident, introduit par les Arabes : l’Espagne et la Sicile au XIIe siècle, l’Italie au XIIIe siècle. Ce n'est qu'en 1348, que les Français créeront leur première fabrique, à Troyes.

À Alexandrie

Après l'épanouissement de la civilisation grecque autour d'Athènes aux Ve et IVe siècles avant J.-C., Alexandrie en Égypte va progressivement prendre le relais et devenir capitale culturelle en Méditerranée : en 295 avant J.-C., Ptolémée y fonde le Musée (Musaion), auquel il adjoint une bibliothèque, la fameuse Bibliothèque d'Alexandrie ; on dit que chaque navire faisant escale dans le port devait laisser prendre copie des livres se trouvant à son bord. Au temps de César, l'ensemble est estimé à 700 000 volumes ; on pense qu'une partie fut incendiée en 47 avant J.-C. avant une nouvelle destruction au IVe siècle, lorsque des temples païens furent incendiés par les chrétiens ; reconstruite, la bibliothèque sera à nouveau saccagée par le calife Omar.
On ne peut juger la production de livres de l'Antiquité par la quantité d'exemplaires actuellement conservés : si de nombreux textes nous ont été transmis grâce aux copies réalisées d'âge en âge, en revanche beaucoup sont irrémédiablement perdus, détériorés par la chaleur ou l'humidité, détruits au cours des guerres, lors d'incendies ou d'inondations, ou grignotés par les rongeurs ; certains peuvent parfois être ressuscités en partie, grâce aux citations que d'autres auteurs en ont fait dans leurs œuvres qui, elles, sont parvenues jusqu'à nous ; c'est ainsi, que l'on a pu reconstituer de façon fragmentaire l'œuvre du philosophe grec Héraclite.
Les textes antiques ont parfois été conservés grâce à un recyclage opéré dans l'Antiquité même, le support étant réemployé pour servir de bandelettes de momies par exemple ; ce sont alors plus souvent des archives que l'on y découvre plutôt que des œuvres proprement littéraires.
Dans l'Anabase, livre VII, 12-14, Xénophon témoigne qu'au IVe siècle avant notre ère, les papyrus couverts d'écriture étaient déjà nombreux : "... ils continuèrent l'expédition et arrivèrent ... dans le district de Salmydessos. En cette contrée beaucoup de navires à leur entrée dans le Pont se mettent au plein et sont jetés à la côte ... Les Thraces qui habitent en ces parages ont posé des stèles qui leur servent de bornes, et chaque tribu pille les épaves qui s'échouent dans sa zone ... Sur la grève, on trouvait beaucoup de lits, beaucoup de coffres, beaucoup de papyrus couverts d'écriture et tous les autres objets que les gens de mer emportent dans des caisses de bois".
La plupart du temps, il existe un trou de plusieurs siècles entre la date de rédaction d'une œuvre et la date du plus ancien exemplaire actuellement conservé ce cette œuvre : on peut dire qu'aucun ouvrage littéraire de l'Antiquité ne nous est parvenu sous forme d'original, à l'inverse des documents d'archives, comme les correspondances (notamment sur ostraca) ou les inscriptions sur pierre.
Ainsi l'un des plus anciens manuscrits de l'Odyssée, est daté du IIIe siècle avant notre ère, alors que l'époque de la rédaction du texte, une tradition orale très ancienne, se perd dans la nuit des temps. Les plus anciens manuscrits qui permettent de lire aujourd'hui les œuvres d'Homère datent du IXe siècle. Le livre dont provient ce fragment de papyrus avait la forme d'un rouleau ; le texte est disposé en colonnes, séparées par des espaces qui préfigurent la page.
De la même façon, les plus anciens fragments conservés des œuvres de Platon (428-348 av. J.-C.), retrouvés dans des cartonnages de momies, datent d'une centaine d'années après la mort de leur auteur, mais ils sont très petits ; le plus ancien manuscrit vraiment utilisable, conservé la BnF, est aussi une copie du IXe siècle.
De même encore, on situe la rédaction des différents livres de la Bible entre le VIIe et le IIe siècle avant notre ère ; si les premiers vestiges de ce texte sacré, les manuscrits de la Mer Morte, sont datés du IIe siècle avant notre ère au Ier siècle après, ce ne sont que des fragments ; le plus ancien exemplaire complet, le codex Firkovitch, conservé à Saint-Pétersbourg, date de 1009.
Le parchemin, peau animale traitée, est le support essentiel du livre du début de notre ère jusqu’au IXe siècle au Proche-Orient, et durant tout le Moyen Âge en Occident.
Sa fabrication à partir de peaux, le plus souvent de mouton, de veau ou de chèvre, a été mise au point vers le IIe siècle avant J.-C. à Pergame (Asie Mineure) pour remplacer le papyrus, alors monopole de l’Égypte.
L'utilisation du parchemin entraîne un changement fondamental dans l’histoire du livre : le passage du volumen au codex.
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