La naissance du livre

Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / image RMN-GP
Inscription oraculaire
La scapulomancie, ou divination par l’écaille de tortue, trouve son plein essor à la fin des Shang. Le grand plastron du musée Guimet date précisément de cette période :14e-11e siècle. Il atteste l’activité du devin sous le règne de Gengding, vingt-sixième souverain de la dynastie.
L’inscription est disposée selon quatre colonnes verticales avec une lecture de bas en haut en commençant par l’extrême droite, puis l’extrême gauche, le centre droit et finalement le centre gauche. Dix-huit divinations au total, pratiquées tous les dix jours, reprennent la même formule : « Le jour untel, on a opéré une pyromancie pour savoir si dans la décade à venir il n’y aura pas de malchance. »
Ce qui fait l’intérêt de cette pièce, c’est qu’elle note six mois de pronostics signés d’un devin célèbre et sans doute âgé, puisqu’il œuvrait déjà sous Wuding, le plus grand des autocrates des Shang.
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Le livre est un assemblage portatif d'éléments présentant une surface plane sur lesquels un texte peut être écrit de façon durable.
En Inde et en Iran
Indiens et Iraniens ont assuré par transmission orale la conservation d'un corpus de textes très anciens, Vedas en Inde (dont le Rig veda composé vers 1800 à 1500 avant J.-C.) et Upanishad (à partir de 700 avant J.-C.), Avesta en Iran.
L'adoption de l'écriture en Inde ne remonte qu'au 4e siècle avant J.-C. et c'est donc tardivement que ces textes ont été mis par écrit.
En Inde et en Asie du Sud-Est, on a utilisé pendant longtemps la feuille de palmier qui abonde dans ces régions ; cependant, le climat n'étant pas propice à une longue conservation de ce support, la copie des livres devait être souvent renouvelée.
En Chine

Inscriptions oraculaires
Les vingt-huit petits fragments d’inscriptions sur plastrons de tortues acquis par Paul Pelliot lors de sa mission en Asie centrale et en Chine (1906-1909) proviennent, selon toute vraisemblance, des premières fouilles effectuées à Xiaotun en 1899, sinon en 1904. Les devins cités officiaient sous les règnes de Wuding ou de Zugeng, non encore datés, mais appartenant à la période « tardive » de la dynastie Shang.
Sur le premier fragment, la « craquelure divinatoire » est bien visible, elle est surmontée de la mention [bu] Xuan san, 3e divination de Xuan ; de l’énoncé ne subsistent que deux caractères : yu (au sens propre « le poisson », ici toponyme ? ) dans une graphie encore très pictographique et Bi, nom d’un chef de tribu du roi Wuding. De l’énoncé d’une autre divination, inscrite en haut et à gauche du même fragment, ne sont lisibles que « divination de Ke » bu Ke.
Le second fragment fait état de la divination de Chu datée du jour guimao.
Certaines graphies très fréquentes font encore l’objet de vives controverses : ainsi, le caractère ding, pictogramme du vase rituel posé sur un trépied, semble prendre le sens verbal de « célébrer un rituel divinatoire » dans les inscriptions tardives de la dynastie Shang, tandis que certains préfèrent continuer à le lire zhen, « interroger l’oracle ». On peut noter un caractère complexe, ming, ici patronyme, composé sémantique constitué par la juxtaposition de deux pictogrammes, ceux de la bouche et de l’oiseau, pour signifier « le chant de l’oiseau ».
Bibliothèque nationale de France
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En Chine, l'écriture, comme partout, précède la naissance du livre. Elle naît pour consigner des oracles obtenus par ostéomancie, c'est-à-dire par l'interprétation de craquelures qu'un devin fait apparaître sur un plastron de tortue en y appliquant un tison incandescent. L'interprétation est ensuite transcrite sous forme de logogramme en colonnes sur le support.
D'autres supports furent anciennement utilisés en Chine, comme le bronze, les lamelles de bambou, la soie.
Les premiers livres chinois sont constitués de lattes de bambou ou de fiches en bois de longueurs diverses dont l'étroitesse n'autorise qu'une seule colonne de texte inscrite verticalement. Elles peuvent être reliées les unes aux autres par des cordelettes et l'ensemble, roulé sur lui-même pour le stockage. Ces documents étaient lourds et encombrants au point d'être parfois transportés sur des charrettes. La soie, en revanche, utilisée depuis la nuit des temps, permettait de copier des textes longs, les rouleaux étant légers et facilement transportables. De rares rouleaux de soie ont été conservés. Le plus ancien date de deux ou trois siècles avant J.-C. D'un coût élevé, la soie continuera à être utilisée tardivement pour des copies de luxe. La forme du rouleau persiste toutefois dans cette région du monde pendant de longs siècles, même si les matières utilisées évoluent.
La forme du rouleau persiste toutefois dans cette région du monde pendant de longs siècles, même si les matières utilisées évoluent.

Sutra du Lotus de la Bonne Loi
Mutilé en son début, ce manuscrit ne compte plus que dix feuilles de papier sur les vingt que le monteur Xie Shanji avait soigneusement assemblées en rouleau, teintes et traitées à la cire avant que Yuan Yuanzhe, scribe de la chancellerie impériale, n’exécute sa copie, terminée le quinzième jour du dixième mois de l’année 675.
Près de cinquante rouleaux copiés entre 671 et 677 à Chang’an, l’actuelle Xi’an, alors siège de la cour des Tang, participant de la même commande impériale, ont été retrouvés dans la grotte murée de Dunhuang en Asie centrale.
Le papier employé pour cette édition impériale est certainement le plus beau qui soit produit alors dans l’empire : un papier de chanvre très élaboré, à fines vergeures régulières et à double ligne de chaînette, teint et traité à la cire.
Bibliothèque nationale de France
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Transmission du dharma des causes fondamentales et accessoires
Ce texte, intitulé Transmission du dharma des causes fondamentales et accessoires, se rattache à la section des « Traditions historiques » du Canon bouddhique. Ce rouleau de très beau papier teinté à l’orpiment, non daté, fut sans doute copié sous la dynastie des Wei du Nord (386-534) si l’on en juge par le style calligraphique.
Les caractères bien encrés se présentent comme autant d’unités compactes distinctes, robustes et vigoureuses, largement séparées les unes des autres. Le trait horizontal dépassant largement donne l’impression d’un caractère à la structure carrée. Les traits horizontaux sont légèrement dirigés vers le haut. La technique de gravure des inscriptions lapidaires augmentait l’angularité des traits qui caractérise en général ce style. Dans les manuscrits, cette angularité est moins visible, la succession des traits s’opérant en relevant le pinceau sans toutefois quitter complètement la feuille. Le point d’attaque du caractère est apparent, sans être agressif, et le calligraphe a épaissi le trait final en appuyant plus fortement le pinceau. La clarté de l’ensemble résulte d’une grande application à former les traits. La mise en page soignée, de seize à dix-sept caractères par colonne, reste aérée malgré la compacité du texte. Cette copie, d’une grande force, n’est aucunement mécanique. On remarque, en effet, que les caractères, malgré leur nombre constant par colonne, ne sont pas alignés horizontalement, ce qui a pour effet d’animer la page.
Les moines copistes professionnels copiaient à longueur de journées les sûtras d’après des modèles identiques, les reproduisant fidèlement sans proposer d’innovations graphiques, si bien que le style reproduit par les scribes des Wei du Nord demeura inchangé pendant une longue période. Il fut redécouvert sous la dynastie des Qing grâce aux travaux des épigraphistes. Les inscriptions, diffusées auprès des calligraphes grâce aux estampages, furent étudiées et leur style apprécié pour son énergie masculine un peu rude, son aspect généreux, sa structure claire et son homogénéité.
Bibliothèque nationale de France
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Selon la tradition chinoise, le papier est en effet inventé en Chine par Cai Lun en 105, mais, d’après les données archéologiques, il existait déjà deux siècles auparavant : la technique aurait été inventée au 3e siècle av. J.-C. par l'observation des nids de guêpes qui fabriquent de la cellulose. Cai Lun en aurait amélioré la fabrication et développé la production. Au cours du IIIe siècle, l’usage s’en généralise dans toutes les provinces sous domination chinoise, où il remplace la soie, le bambou et les lattes de bois, utilisés depuis la haute Antiquité.
Les premiers papiers sont donc chinois. Le papier, moins onéreux que la soie et répondant aux mêmes critères, est vite adopté. Le rouleau de soie semble avoir été abandonné vers le 6e siècle, sauf pour des usages très spécialisés comme les peintures et la calligraphie.
Le secret de fabrication ne sortira de l’Empire qu’en 751, divulgué par des papetiers chinois prisonniers du gouverneur musulman de Samarkand. La tradition rapporte en effet que le secret de fabrication du papier aurait été transmis aux Arabes par des prisonniers chinois faits à la bataille de Talas en Asie centrale lors de l'expansion musulmane en 751.
Le papier se répandra alors d’Asie centrale au Moyen-Orient, pour atteindre l’Occident, introduit par les Arabes : l’Espagne et la Sicile au 12e siècle, l’Italie au 13e siècle. Ce n'est qu'en 1348, que les Français créeront leur première fabrique, à Troyes.
À Alexandrie
Après l'épanouissement de la civilisation grecque autour d'Athènes aux 5e et 4e siècles avant J.-C., Alexandrie en Égypte va progressivement prendre le relais et devenir capitale culturelle en Méditerranée : en 295 avant J.-C., Ptolémée y fonde le Musée (Musaion), auquel il adjoint une bibliothèque, la fameuse Bibliothèque d'Alexandrie ; on dit que chaque navire faisant escale dans le port devait laisser prendre copie des livres se trouvant à son bord. Au temps de César, l'ensemble est estimé à 700 000 volumes ; on pense qu'une partie fut incendiée en 47 avant J.-C. avant une nouvelle destruction au 4e siècle, lorsque des temples païens furent incendiés par les chrétiens ; reconstruite, la bibliothèque sera à nouveau saccagée par le calife Omar.

Cadmos apportant l’alphabet aux Grecs
Dès le 9e ou le 8e siècle, les Grecs ont emprunté aux Phéniciens l’écriture alphabétique. Cette origine a été illustrée par la légende de Cadmos, fils du roi de Tyr, qui serait parti à la recherche de sa sœur Europe, enlevée par le séducteur impénitent qu’était Zeus, déguisé en taureau. Arrivé en Grèce, Cadmos aurait fondé la ville de Thèbes en Béotie et transmis aux Grecs les « lettres phéniciennes ». La scène est représentée sur cette monnaie de Tyr du 3e siècle ap. J.-C. : Cadmos, de la main droite, tend un rouleau (volumen) de parchemin ou de papyrus à trois Grecs.
Bibliothèque nationale de France
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L’une des plus anciennes éditions de l’Odyssée
Ce fragment d’un rouleau de papyrus constitue l’un des plus anciens témoignages d’une édition de L’Odyssée. Le rouleau comportait deux chants (IX et X) et les fragments conservés donnent la fin de l’épisode du Cyclope et le début de celui d’Éole. Malgré la présence de lettres n’appartenant pas au texte, ce n’est pas un palimpseste : le remploi en cartonnage de momie a entraîné des phénomènes d’offset. Mais le demi-format et l’aspect cursif de l’écriture indiquent qu’il ne s’agit pas pour autant d’une édition de luxe. Une première main a copié le texte puis ajouté des corrections suivant un autre modèle. Des modifications ont également été apportées par une seconde main. Le texte est parfois raturé : certaines corrections rapprochent le texte du papyrus de celui de la vulgate – notre texte de référence privilégié par la tradition médiévale –, d’autres l’en éloignent. Les traits obliques dans la marge correspondent à un décompte décimal des vers. Sur un autre fragment du même volumen (colonne IX), un delta signale en marge le 400e vers depuis le début du rouleau. Il correspond en fait au v. 396 de la vulgate, les vers additionnels et omis devant être pris en compte. Ce signe confirme l’hypothèse que la division en chants était connue avant l’édition d’Aristarque.
© Institut de papyrologie
© Institut de papyrologie
On ne peut juger la production de livres de l'Antiquité par la quantité d'exemplaires actuellement conservés : si de nombreux textes nous ont été transmis grâce aux copies réalisées d'âge en âge, en revanche beaucoup sont irrémédiablement perdus, détériorés par la chaleur ou l'humidité, détruits au cours des guerres, lors d'incendies ou d'inondations, ou grignotés par les rongeurs ; certains peuvent parfois être ressuscités en partie, grâce aux citations que d'autres auteurs en ont fait dans leurs œuvres qui, elles, sont parvenues jusqu'à nous ; c'est ainsi, que l'on a pu reconstituer de façon fragmentaire l'œuvre du philosophe grec Héraclite.
Les textes antiques ont parfois été conservés grâce à un recyclage opéré dans l'Antiquité même, le support étant réemployé pour servir de bandelettes de momies par exemple ; ce sont alors plus souvent des archives que l'on y découvre plutôt que des œuvres proprement littéraires.

Muse debout tenant un volumen
Cette figurine en terre cuite est la fidèle transcription de la Muse Clio représentée sur le relief en marbre d’Archèlaos de Priène, également appelé « L’Apothéose d’Homère », aujourd’hui au British Museum. Ce relief montrant le Poète accompagné des Muses et d’Apollon fut réalisé pour le sanctuaire d’Homère à Alexandrie vers 225-200 avant J.-C. Le sanctuaire était placé à l’intérieur du Musée d’Alexandrie, qui abritait notamment la fameuse bibliothèque. Les bibliothécaires alexandrins furent renommés pour leur savante activité éditoriale et leurs éditions d’Homère constituèrent une étape capitale dans l’histoire de la transmission du texte. Le terme d’ « édition » est cependant trompeur : une édition alexandrine, en grec ecdosis, n’était pas une édition au sens moderne, c’est-à-dire une entreprise visant à reproduire en grand nombre un exemplaire sous la signature d’un auteur ; c’était un exemplaire unique, écrit par un érudit et chargé de signes critiques qui indiquaient l’avis de l’éditeur, mais qui pour être compris avaient besoin d’un commentaire, qu’il soit écrit ou oral. Ainsi, le texte était séparé du commentaire : sur un rouleau de papyrus était écrit le texte d’Homère cependant que sur un autre rouleau, souvent sur plusieurs, était reporté le commentaire ; le lien entre les deux était établi par le jeu des signes placés à gauche de chaque colonne de texte, en tête des vers concernés. Parmi ces signes, le plus connu était l’obel, qui signalait qu’aux yeux du critique, le vers marqué n’était pas d’Homère. Le caractère le plus remarquable de cette pratique est que le texte n’était pas touché, quelles que soient les critiques et les condamnations formulées.
Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski
Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski
Dans l'Anabase, livre VII, 12-14, Xénophon témoigne qu'au 4e siècle avant notre ère, les papyrus couverts d'écriture étaient déjà nombreux : « "... ils continuèrent l'expédition et arrivèrent ... dans le district de Salmydessos. En cette contrée beaucoup de navires à leur entrée dans le Pont se mettent au plein et sont jetés à la côte ... Les Thraces qui habitent en ces parages ont posé des stèles qui leur servent de bornes, et chaque tribu pille les épaves qui s'échouent dans sa zone ... Sur la grève, on trouvait beaucoup de lits, beaucoup de coffres, beaucoup de papyrus couverts d'écriture et tous les autres objets que les gens de mer emportent dans des caisses de bois ».
La plupart du temps, il existe un trou de plusieurs siècles entre la date de rédaction d'une œuvre et la date du plus ancien exemplaire actuellement conservé ce cette œuvre : on peut dire qu'aucun ouvrage littéraire de l'Antiquité ne nous est parvenu sous forme d'original, à l'inverse des documents d'archives, comme les correspondances (notamment sur ostraca) ou les inscriptions sur pierre.
Ainsi l'un des plus anciens manuscrits de l'Odyssée, est daté du 3e siècle avant notre ère, alors que l'époque de la rédaction du texte, une tradition orale très ancienne, se perd dans la nuit des temps. Les plus anciens manuscrits qui permettent de lire aujourd'hui les œuvres d'Homère datent du 9e siècle. Le livre dont provient ce fragment de papyrus avait la forme d'un rouleau ; le texte est disposé en colonnes, séparées par des espaces qui préfigurent la page.
De la même façon, les plus anciens fragments conservés des œuvres de Platon (428-348 av. J.-C.), retrouvés dans des cartonnages de momies, datent d'une centaine d'années après la mort de leur auteur, mais ils sont très petits ; le plus ancien manuscrit vraiment utilisable, conservé à la BnF, est aussi une copie du 9e siècle.

Lévitique et Livres de Samuel
Les plus anciens supports de la Bible sont le parchemin et le roseau comme en témoignent les fragments de Qumran. Le rouleau a été abandonné au profit du codex, livre formé de cahiers de parchemin reliés par la tranche, à l’exception de l’usage liturgique.
En 1947, sept manuscrits étaient d’abord découverts au Proche-Orient dans une grotte surplombant la mer Morte. Cette trouvaille devait entraîner la mise à jour de quelque sept cents manuscrits et fragments dans onze grottes supplémentaires. Les textes présentés ici sont des fragments du Lévitique en écriture phénicienne et des passages des deux livres de Samuel, sur parchemin, support prescrit pour la copie des textes bibliques.
© Bibliothèque nationale de France
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De même encore, on situe la rédaction des différents livres de la Bible entre le 7e et le 2e siècle avant notre ère ; si les premiers vestiges de ce texte sacré, les manuscrits de la Mer Morte, sont datés du 2e siècle avant notre ère au Ier siècle après, ce ne sont que des fragments ; le plus ancien exemplaire complet, le codex Firkovitch, conservé à Saint-Pétersbourg, date de 1009. Le parchemin, peau animale traitée, est le support essentiel du livre du début de notre ère jusqu’au 9e siècle au Proche-Orient, et durant tout le Moyen Âge en Occident. Sa fabrication à partir de peaux, le plus souvent de mouton, de veau ou de chèvre, a été mise au point vers le 2e siècle avant J.- C. à Pergame (Asie Mineure) pour remplacer le papyrus, alors monopole de l’Égypte. L'utilisation du parchemin entraîne un changement fondamental dans l’histoire du livre : le passage du volumen au codex.
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