fermer
l'aventure du livre

La préparation du parchemin et ses techniques

par François Déroche
 
C'est du nom de la ville de Pergame (actuellement Bergama, en Turquie) que vient le français "parchemin". Ce dernier est connu depuis l'Antiquité et a servi longtemps de support pour l'écriture, qu'il s'agisse de livres, de lettres ou de documents. L'homme lui connaissait en outre d'autres emplois : huilé, il tenait lieu de vitre, par exemple.
 

La matière première : la peau d'animal

Le procédé qui permet d'obtenir le parchemin fait appel à une technologie relativement simple. La peau d'un animal (veau, mouton, chèvre...) fournit la matière première : on la trempe tout d'abord dans un bain de chaux afin de faciliter l'élimination des poils ; une recette orientale recommande toutefois d'utiliser des dattes pour cette opération afin de ne pas dessécher la dépouille. Celle-ci a pu conserver sur son autre face des traces de chair ou de graisse que l'on gratte soigneusement avec un instrument métallique. Enfin, la peau est tendue sur un cadre pour sécher – après avoir éventuellement été lavée une dernière fois ; dans l'Espagne musulmane, les parcheminiers avaient tendance à envahir les cimetières pour y mettre le parchemin à sécher : aussi les juristes recommandèrent-ils aux autorités d'y mettre le holà. La préparation terminée, le parchemin présente une différence de couleur et de texture entre le "côté poil" (dit également "côté fleur") et le "côté chair".
 

Le travail de préparation : le ponçage

En Occident, les parcheminiers ont parfois poursuivi le travail de préparation jusqu'à ce que les deux côtés aient la même apparence : un ponçage minutieux ou un ajout de craie sur la surface permettait de parvenir à ce résultat. Dans le monde arabo-musulman, en revanche, cette différence ne semble pas avoir gêné les utilisateurs : dans les manuscrits de cette aire culturelle, les côtés chair, jaunâtres, se trouvent systématiquement en face des côtés poil, presque blancs, si bien que la différence saute généralement aux yeux lorsque le livre est ouvert.
Comme on le voit, le travail de préparation a une incidence sur le produit fini, mais la qualité de celui-ci est également conditionnée par la matière première, c'est-à-dire la peau, dont la qualité varie suivant les espèces. Celle de très jeunes veaux permet d'obtenir du "vélin", la variété supérieure de parchemin ; plus souvent cependant, les artisans travaillaient des peaux de mouton. L'âge et la santé de la bête, ou encore les blessures qu'elle avait reçues, jouaient leur rôle dans le résultat final.
 

La fabrication du cahier

Pour fabriquer le cahier, élément fondamental du manuscrit médiéval, les artisans musulmans commençaient par découper le parchemin en morceaux, qu'ils assemblaient généralement par cinq avant de le plier en deux ; sur une double page, un côté chair fait habituellement face à un côté poil.
En Occident, en revanche, la peau était pliée une fois, ou deux, ou trois... selon les dimensions que le copiste souhaitait donner à la page ; ce procédé avait pour conséquence de toujours mettre en vis-à-vis des côtés de même nature.
 
Afin de conférer plus de valeur aux manuscrits, mais aussi d'obtenir un effet original de présentation, on teignait parfois le parchemin. Le Moyen Âge occidental a vu la production d'évangéliaires sur parchemin pourpre : le Codex Argenteus, probablement réalisé pour Théodoric, est particulièrement représentatif de ce goût pour des copies de grand luxe. Dans le monde musulman, le plus célèbre exemple de cette technique peu commune est un coran bleu.
 

Un support onéreux

La réalisation de manuscrits sur ce support impliquait qu'un nombre plus ou moins élevé de peaux devaient être réservées à cette fin au lieu d'être transformées en cuir. Dans le cas de manuscrits de grand format, il s'agissait de véritables troupeaux : plus de cinq cents peaux de mouton furent nécessaires pour le Codex Amiatinus (Florence, Bibliotheca Laurenziana) et un nombre sans doute aussi important voire plus pour les corans de la taille du manuscrit arabe 324 de la Bibliothèque nationale de France.
 
Le parchemin était donc extrêmement onéreux ; cela explique que l'on ait réutilisé de vieux parchemins après en avoir effacé l'écriture : on parle alors de "palimpseste".
sommaire
imprimer la pagehaut de page