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l'aventure du livre

Du volumen au codex

par Anne Berthier
Le parchemin, peau animale traitée, est le support essentiel du livre du début de notre ère jusqu’au IXe siècle au Proche-Orient, et durant tout le Moyen Âge en Occident.
Sa fabrication à partir de peaux, le plus souvent de mouton, de veau ou de chèvre, a été mise au point vers le IIe siècle avant J.-C. à Pergame (Asie Mineure) pour remplacer le papyrus, alors monopole de l’Égypte.
Le mot parchemin, en grec pergamênê, vient du nom de la ville de Pergame (sur la côte est de l'actuelle Turquie). Craignant une rivalité naissante, le roi d'Égypte Ptolémée V interdit l'exportation du papyrus vers Pergame où le roi Eumène II (197-158) venait de fonder une bibliothèque : la cité développa alors l'usage de la peau de chèvre ou de mouton.
C'est le mot latin pergamena qui a donné "parchemin" en français.

La naissance du codex

L'utilisation du parchemin entraîne un changement fondamental dans l’histoire du livre : le passage du volumen au codex.
Le codex est un mot latin qui désigne le livre formé de feuilles pliées et assemblées en cahiers, et couvert d'une reliure tel que nous le connaissons. Il vient du mot caudex qui se réfère à la matière "bois" du tronc d'arbre ou de la souche. Plus tard, le terme est employé pour les livres en papyrus ou en parchemin utilisant ce format.

Le parchemin, en effet, matière solide, facile à plier, inscriptible des deux côtés, donne des feuillets que l’on réunit et assemble en cahiers. Le mot cahier vient du latin quaterni, quatre à la fois, qui a donné quaternio, quaternion en français, ou cahier de 4 feuillets. Cet empilement s'avéra dans la pratique le plus adéquat. On trouve aussi des binions, des quinions. Il existe des vestiges de codex en parchemin très tôt, dès le début du IIe siècle.
Le codex ainsi formé contient beaucoup plus de textes que le rouleau antique (volumen), peu à peu abandonné. Cette mutation, qui bouleverse les habitudes d’écriture et de lecture, prend plusieurs siècles.
Elle est impulsée par les chrétiens : la Bible est copiée sur codex dès le IIe siècle ; mais les Romains et les Grecs continuent d’inscrire leurs comptes, contrats et notes diverses sur des tablettes de bois recouvertes de cire et lisent les textes littéraires dans des rouleaux.
Le codex s’impose vraiment au IVe siècle dans l’Occident latin et au Ve siècle dans l’Empire byzantin.

La forme du rouleau persiste au Moyen Âge pour des pièces liturgiques ou administratives des chroniques ou des généalogies sous forme de volumen ou de rotulus à déroulement vertical.

Le codex, une évolution technique

Le rouleau ou volumen a donné le mot "volume". Le mot "livre" vient du latin liber qui désigne d'abord une partie vivante de l'aubier se trouvant directement sous l'écorce d'un arbre, mais traduit surtout le mot grec biblion, c'est-à-dire le support en papyrus, fabriqué à partir de lamelles de la tige de ce roseau. "Lire un livre" en latin se dit : evolvere librum, c'est-à-dire "dérouler le papyrus" ; chaque rouleau ou volumen constitue l'une des parties d'un ouvrage ; cette partie prend alors le nom de "livre" (dans le sens où l'on dit par exemple les Douze livres de l'Enéide).
Pour composer son texte, l'auteur utilisait comme brouillon les tablettes de bois sur lesquelles il écrivait avec un stylet, pointu d'un côté pour tracer les lettres et plat de l'autre pour effacer en le retournant les fautes dans la cire. Le texte était ensuite recopié à l'encre sur un rouleau de papyrus, par l'auteur ou par un secrétaire, en un ou plusieurs exemplaires.
Des essais furent tentés pour plier les rouleaux de papyrus en forme de codex, imitant les tablettes de cire reliées entre elles en une sorte de cahier, mais ce matériau s'y prêtant difficilement, les essais se révélèrent plus heureux avec le parchemin.
Progressivement, le papyrus disparaît au fur et à mesure que le codex de parchemin s'impose, très adapté à une mise en feuilles et en cahiers.

Le codex : une révolution intellectuelle

Or prends-y garde ... Fais un choix d'écrivains pour t'arrêter et te nourrir de leur génie... La multitude des livres dissipe l'esprit... Mais [tu dis] "j'aime à feuilleter (evolvere librum) tantôt l'un tantôt l'autre" ... Lis donc habituellement les livres les plus estimés. (Lettre 2)
Sénèque (1er siècle après JC). Lettres à Lucilius 
Le codex présente de nombreux avantages : il permet de réunir une grande quantité d'écriture, il occupe moins de place dans les bibliothèques que le papyrus et permet une organisation plus rationnelle du texte. Enfin, il favorise le travail scolastique d'annotation.
Grâce au codex, la page n'est plus comme sur le rouleau un défilé continuel de colonnes, mais bien un espace délimité, une entité visuelle intellectuellement autonome.
Le codex permet au lecteur de garder une main libre pour écrire et donc annoter, commenter, gloser le texte. Il lui offre une véritable architecture du texte, séquencée en pages, hiérarchisée en chapitres, puis en paragraphes, aisément feuilletable grâce à un index. Il lui autorise également retours et avancées au fil de sa curiosité ou des besoins de sa mémoire et fortifie son rapport au savoir.

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