l'aventure du livre

L’identité de Milan Kundera

Pietro Citati, janvier 1998 
 
Je voudrais souhaiter la bienvenue au nouveau très beau récit de Milan Kundera, L’identité. Ce livre, lui-même, nous accueille en nous offrant le plus souriant des visages : il nous fait fête, nous réjouit, courtise secrètement chacun de ses lecteurs, comme s’il voulait nous conquérir par sa grâce.
En abandonnant le tchèque pour le français, Kundera a renoncé aux grandes structures architecturales de la jeunesse et de la maturité. Il privilégie désormais les petites mesures, si chères à la tradition européenne, celles qu’aimaient Vermeer, Chardin et, à notre époque, Calvino. Il n’écrit plus des romans, mais des apologues ; il ne raconte pas (quoiqu’il ait toujours, éclatant, ce don de savoir tout narrer), il cisèle des poèmes en prose. Ce livre est très dense, très concentré : pourtant, jamais on n’a l’impression de la surcharge ou de la lourdeur, car chacune des petites unités qui le composent est enveloppée d’un nimbe léger, aérien. Dans ses premiers textes, déjà, Kundera témoignait d’une extraordinaire maîtrise de ses outils de création. De ce dernier livre, adouci par les feux rosés de la vieillesse, je ne saurais dire qu’un mot : il est parfait. Il n’est pas un personnage, un épisode, une image, un mot, un blanc, une virgule – il n’est pas un instant de cette admirable intrigue qui soit voilé de la plus infime ombre. Aucun écrivain, aujourd’hui, n’a l’élégance de Kundera : son naturel ; son toucher délicat et souverain. (…)

Extrait de L’œil de la nrf, cent livres pour un siècle, choix des textes et présentation par Louis Chevaillier, Gallimard, Folio, 2009, p. 295-296.

sommaire
haut de page