l'aventure du livre

Michel Morht, portrait de lecteurs

 
Enfoncés dans des fauteuils-clubs, face aux quatre Gallimard, les manuscrits dont ils devaient parler, posés par terre, à leurs pieds, les six ou huit lecteurs, parfois neuf, parlaient à tour de rôle. Après Paulhan, Dominique Aury racontait un ou deux romans avec l’intelligence, la finesse que l’on admire dans les textes qu’elle a rassemblés dans Lectures pour tous. [...] Raymond Queneau, très calme, et laissant échapper quelques rires, prenait ensuite la parole pour raconter dans le style de ses romans l’histoire d’un « type qui se balade, comme ça, à Ménilmontant et qui a perdu son chien... » Raymond avait l’air d’être l’auteur du roman. [...]
Dans les premiers mois de ma présence au Comité, j’ai eu le plaisir d’entendre Camus, de rares fois. Je l’entends défendre un roman de Roger Grenier qui n’était pas encore un collaborateur de la maison où il a fait une longue et brillante carrière. [...] Le lecteur s’étonnera qu’aucune femme n’ait fait partie du comité, sauf Dominique Aury qui représentait la revue. Il est vrai qu’elles n’avaient pas encore pris la place importante, je devrais dire essentielle, qu’elles occupent aujourd’hui dans la vie littéraire. Claude, quand il devait prendre la direction de la maison, modifia le comité, mit fin à cet ostracisme [...]. Je pense que Gaston aimait trop les femmes pour leur imposer la lecture de manuscrits insipides. »

Ma vie à la NRF, Les Équateurs, 2005. Cité dans Gallimard, un éditeur à l’œuvre, Alban Cerisier, Découvertes Gallimard, 2011, p. 150-151.

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