Speculum humanae salvationis
Prototypographie néerlandaise
Pays-Bas, vers 1474-1475.
In-folio
BnF, réserve de livres rares, Xylo. 45
© Bibliothèque nationale de France
Relatant l’histoire de la Chute et de la Rédemption, le Speculum humanæ salvationis fut rédigé au début du XIVe siècle par un dominicain, probablement à Strasbourg, et connut une très large diffusion. Le texte juxtapose chaque fait de l’histoire évangélique à trois événements extraits surtout de l’Ancien Testament, mais aussi d’autres sources, et qui en seraient les préfigurations. La triple tentation du Christ, illustrée par le diable qui l’invite à transformer des pierres en pains, par le temple dans le fond et la montagne à droite (Matthieu IV, 1-10), aurait ainsi été annoncée par trois scènes de l’Ancien Testament.
La première représente Daniel qui détruit l’idole Bel (jouant ici de la flûte au lieu de ronger un os) et étouffe le serpent (devenu dragon) en lui faisant ingurgiter un mélange de poix, de graisse et de crin (Daniel XIV, 22-27); les deux autres montrent David renversant Goliath d’un coup de fronde et tuant l’ours et le lion qui s’étaient emparés d’une des brebis de son père (I Samuel XVII, 48-50 et 34-36). Dans quatre éditions du Speculum imprimées entre 1466 et 1479 aux Pays-Bas par un atelier anonyme – dont deux sont en latin et deux en néerlandais –, les bois furent tirés à l’encre brune comme dans les livres xylographiques et le texte typographique à l’encre d’imprimerie. L’impression s’effectua donc en deux temps et les feuillets ne furent imprimés que d’un côté. Dans la deuxième édition latine ici exposée, le texte d’une vingtaine de feuillets fut en outre imprimé à l’encre brune à partir de bois copiés fidèlement sur la première édition. Attribuées alors à Laurent Coster de Harlem, que certains ont cru le véritable inventeur de l’imprimerie, les éditions typo-xylographiques du Speculum étaient recherchées dès le XVIIe siècle. L’exemplaire exposé appartint à Jean Ballesdens († 1675), membre de l’Académie française. Après la mort de celui-ci, la majorité de ses livres furent vendus par paquets de dix à trente volumes. Tel fut aussi le sort du Speculum, dont les libraires qui dressèrent l’inventaire après décès ignoraient apparemment la valeur. André Chevillier, bibliothécaire du collège de Sorbonne, le découvrit chez un bouquiniste du quai de la Tournelle. Il l’acquit aussitôt et le donna plus tard à la bibliothèque dont il avait la charge. Lors du démembrement de celle-ci, en 1796, après la suppression du collège, le volume fut transféré à la Bibliothèque nationale, où Joseph Van Praet le fit revêtir de sa reliure actuelle. (U. B.)
 
 

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