Opera
Konrad Sweynheym et Arnold Pannartz
Lactance, Subiaco, 9 septembre 1465.
In-folio
BnF, Réserve des livres rares, C. 363.
© Bibliothèque nationale de France
Après l’Allemagne, l’Italie fut le deuxième pays à connaître l’imprimerie. Le sac de Mayence, en octobre 1462, hâta probablement sa diffusion en provoquant la dispersion du personnel de Fust et Schöffer. Ce sont deux clercs allemands, Konrad Sweynheym et Arnold Pannartz, originaires des diocèses de Mayence et Cologne, qui partirent s’installer au monastère bénédictin de Subiaco dans le Latium. La présence en ce lieu de nombreux moines de haut niveau intellectuel et d’origine allemande explique probablement ce choix, plutôt que l’influence de l’abbé commendataire, Juan de Torquemada, ou de Nicolas de Cuse, comme on l’a parfois pensé.
Sweynheym et Pannartz imprimèrent quatre livres à Subiaco : un Donat, dont on ne connaît plus d’exemplaire, un Cicéron, le Lactance, premier livre explicitement daté, et un saint Augustin. Un des exemplaires du Lactance est aussi le premier livre imprimé à porter une date d’acquisition, celui que Johannes Hinderbach, évêque de Trente, acheta à Rome le 18 février 1466 pour quatre florins lazii. Rien d’étonnant à ce que Lactance fût un des premiers auteurs imprimés en Italie. Ce professeur d’art oratoire du IIIe siècle, converti et persécuté pour sa foi, avait voulu montrer que le christianisme offrait un idéal supérieur à celui des philosophes. Très apprécié dès le Moyen Âge, il était considéré par les humanistes comme un Cicéron chrétien. Toutefois, n’étant pas homme d’Église, il ne possédait pas une culture théologique à la hauteur de son talent littéraire. Certaines de ses positions furent dénoncées dans un ouvrage que composa le franciscain Antoine de Rho en 1443. Un résumé, les Errata Lactantii, rédigé en 1445, fut ajouté aux oeuvres de Lactance dès cette édition princeps. Imprimé en dernier, peut-être sous la pression d’un théologien proche de l’atelier, il est parfois relié en tête, comme ici, à la suite de la table des rubrications. La Bibliothèque royale acquit à la vente du duc de La Vallière cet exemplaire, qui avait d’abord appartenu à la bibliothèque des comtes d’Oxford, Robert puis Edward Harley. C’est à ce moment qu’il avait été relié en maroquin rouge par Christopher Chapman et avait reçu un décor doré caractéristique du "style Harley". (D. H.)
 
 

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