Histoire de Mélusine
A. Steinschaber, Genève, 1478.
Textes imprimés et illustrés
BnF, Réserve des livres rares RES-Y2-400
© Bibliothèque nationale de France
À l'extrême fin du XIVe siècle, le duc Jean de Berry, comte de Poitou et frère du roi Charles V, fit composer par Jean d'Arras un roman généalogique à la gloire de la famille poitevine des Lusignan. Une légende très ancienne en faisait remonter l'origine à la fée Mélusine, la "Mère-Lusine".
Mélusine, fille de la fée Présine, est condamnée à se changer tous les samedis en serpent. Pour lui permettre de devenir une mortelle, son époux Raimondin, fils du comte de Forez, ne doit pas chercher à la voir ce jour-là. Leur union est d'abord féconde et prospère jusqu'au jour où – bien sûr –, malgré l'interdit, Raimondin épie sa femme au bain. Il constate alors que le corps de Mélusine se termine par une puissante queue de serpent. Découverte, Mélusine doit s'enfuir pour toujours.
Jean d'Arras a su mêler dans son récit deux thèmes traditionnels de la littérature populaire et orale, celui de la transgression d'un tabou et celui de la déesse-mère, et les faire ainsi passer dans la littérature savante et écrite. Ses sources d'inspiration lui ont permis de créer un roman entièrement nouveau, tout à fait original, bien différent des nombreuses mises en prose contemporaines inspirées par Charlemagne ou par le roi Arthur.
L'histoire de la fée Mélusine fut diffusée de bonne heure sous une fomre imprimée, dès 1474 pour l'adaptation allemande d'une version en vers, puis, en 1478, pour le roman de Jean d'Arras. La première édition, présentée ici, parut à Genève, où le premier imprimeur de la ville, Adam Steinschaber, originaire de Schweinfurt en Allemagne, venait de s'installer. Ce fut aussi le premier livre illustré produit dans cette ville et, avec le Miroir de la rédemption, l'un des deux premiers textes français illustrés publiés. À Genève comme à Lyon, les imprimeurs étaient, plus qu'à Paris, tournés vers une forme moins savante de la culture et n'hésitaient pas à produire des livres en langue vernaculaire et à les illustrer.
Le roman de Mélusine se prêtait particulièrement bien à l'illustration qui permettait d'expliciter les aspects mythiques du récit et de donner une forme visuelle au surnaturel. L'édition genevoise comporte soixante-trois gravres copiées sur l'édition bâloise de la version allemande, qui elle-même suivait de très près un manuscrit. Les gravures sur bois sont rehaussées de couleurs appliquées à la main en larges aplats qui leur donnent un grand charme. (D. H.)
 
 

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