Le Trésor de l’âme
Antoine Vérard ; Robert de Saint-Martin, Paris, 1499.
Textes imprimés et illustrés, In-folio
BnF, Réserve des livres rares, Rés. Vélins 350.
© Bibliothèque nationale de France
Charles VIII fut le premier roi de France à posséder des livres imprimés. La plupart étaient en latin et italien et avaient été saisis dans la bibliothèque des rois aragonais de Naples, mais quarante environ renfermaient des textes en français. Tirés sur vélin, somptueusement enluminés, ceux-ci furent, à quelques exceptions près, présentés au roi par Antoine Vérard, un des plus grands libraires parisiens de son temps.
Vérard ne se distingua pas seulement par l’ampleur de sa production – on compte deux cent quatre-vingts éditions au total. Il est aussi et surtout célèbre pour les exemplaires de luxe qu’il confectionna et dont il destina les plus beaux au roi et à quelques grands seigneurs, tel Charles d’Angoulême, le père du futur François Ier, et Henry VII, roi d’Angleterre. Son rôle ne se limita cependant pas à celui du marchand qui honore une commande. Dans les scènes de présentation qu’il fit insérer en tête de ces volumes, on le voit au contraire représenté à la place de l’auteur qui offre son livre au mécène. Il lui arriva également de prendre à son compte des prologues d’auteurs ou de traducteurs en les adaptant à ses besoins, et parfois d’en rédiger lui-même.
L’édition de la Louenge des nobles et cleres dames que Vérard publia en 1493 comporte un prologue du traducteur anonyme à la reine Anne de Bretagne, qui occupe le verso du titre, le deuxième feuillet et une partie du recto du troisième. Dans l’exemplaire ici présenté, les deux premiers feuillets ont été supprimés et le texte au recto du troisième a été poncé pour faire place à une peinture représentant Vérard qui offre le livre à Charles VIII. Celle-ci fut exécutée par un des meilleurs artistes parisiens de la fin du XVe siècle, le maître de Jacques de Besançon, comme le furent d’ailleurs les miniatures qui, contrairement aux bois qu’elles recouvrent, sont parfaitement adaptées au contenu des chapitres qu’elles accompagnent.
Il semble cependant que, primitivement, cet exemplaire fut bien destiné non pas au roi mais à la reine Anne et que Vérard se ravisa et fit supprimer le feuillet comportant la scène de présentation qu’il avait commandée à cette fin. Celui-ci fut toutefois conservé et réutilisé par la suite pour le Trésor de l’âme, compilation de textes de dévotion attribuée à Robert de Saint-Martin. Collé sur le côté blanc du dernier feuillet de la table, on le voit ici inséré au début du texte. Au verso, on lit par transparence le début du prologue adressée à la reine. (U. B.)
 
 

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